
par en haut, ou par en bas ; et on avoit coutume de commencer par
la destruction des appareils complets du cerveau : lors même que l’on
commençoit par la base, ( on entendoit par là toute la partie inférieure
du cerveau) on procédoit sans but, et sans égard pour l’ordre
dans lequel les parties se suivoient naturellement. Nous avons traité
cet objet en détail dans notre mémoire adressé à l’Institut de France ,
et dans nos observations sur le rapport qui en a été fait à cette société.
Quelques-uns pensoient qu’il ne restoit plus rien à découvrir dans
le cerveau. D’autres, tel que Meckel, croyoient que toutes les découvertes
qu’il restoit à y faire ne pouvoient avoir d’autre objet que l ’origine
des nerfs ; aussi est-ce principalement sur ce point que Soemmerring a
dirigé ses recherches. Après les travaux précieux de ce grand anatomiste
, et ceux des frères Wenzel, de R e il, de Prochaska, et de
Vicq-d’Azyr, n’étoit-ce point une présomption d’oser y chercher encore
quelque chose de nouveau, ou même une organisation toute différente
de celle qu’on avoit cru y reconnoître jusqu’alors ?
En effet, si l’on avoit continué à se borner aux méthodes usitées, il
eût été difficile d’obtenir quelque résultat nouveau. On manquoit de
principes physiologiques propres à conduire par degrés les anatomistes
à la connoissance des lois de l’organisation du système nerveux en général
, et de celle du cerveau en particulier. On ignoroit également que
les fibres nerveuses dussent leur origine et leur renforcement à la. substance
grise; l’on ne savoit par conséquent d’où procédoit le commencement
du système nerveux et du cerveau. On avoit aussi négligé le mode
du perfectionnement graduel des animaux, et l’on ne pouvoit d’après
cela se faire aucune idée de l’ordre dans lequel les conditions matérielles
de leurs qualités avoient été progressivement surajoutées , dans
leurs cerveaux ; ce qui empêchoit d’en faire la recherche anatomique
dans un ordre conforme au procédé de. la nature.
En général l’anatomie comparée n’a pas été suffisamment appréciée ,
surtout pour ce qui concerne le système nerveux et le cerveau, quoique
Haller ait dit que la physiologie avoit reçu plus de lumières de l ’anatomie
comparée que de la dissection des^adavres humains, et que Stenon
en ait fait l’éloge qu’elle mérite, en s’exprimant ainsi ' : « Chaque différence1^
quelle quelle puisse être, donne toujours quelque lumière aux
recherches : elle nous peut apprendre ce qu’il est absolument nécessaire:
de distinguer; car on n’auroit pas connu bien des parties dans le
cerveau humain, si on ne les eût pas remarquées auparavant dans
celui des animaux». Néanmoins il y a encore des médecins , qui regardent
l’analomie comparée comme une source abondante d’erreurs pour
l’anatomie humaine..
En effet on applique avec trop de réserve à l’homme les découvertes
qu’on fait dans les autres animaux, ou bien on n’en tient aucun compte.
Dans ce dernier cas, les découvertes ne sont que des faits isolés qu’on
ne met pas à profit : et comme ils ne se retrouvent ni comparés, ni coordonnés
les uns aux autres, on n’en peut déduire les principes généraux.
Quelques auteurs s’abandonnèrent à de pures spéculations, et imaginèrent
un cerveau, suivant les idées dont ils étoient préoccupés, sans
avoir consulté la nature. Comme on supposoit, par exemple, qu’il y
avoit un point commun de réunion pour toutes les sensations et toutes
les idées, les uns ont cherché ce point central, les autres l’ont arbitrairement
adopté comme réel. Comme tous les actes de la volonté
partent du cerveau, il dut être la source de la moelle épinière et de
tous les nerfs. Dans les deux cas, soit que l’on se décide d’après le
seul scalpel ou d’après le seul raisonnement, nous dirons avec Bacon :
« Ni la main seule, ni même l’entendement livré à lui-même, ne
peuvent faire beaucoup. Nous devons, en vrais naturalistes, déduire
les causes et les principes de faits et d’expériences , et d’après les
causes et les principes établir de nouveaux faits, et tenter de nouvelles
expériences ».
, 1 L. c. p. 657.
* Verdier, cranomancie du docteur Gall, Paris, 1808, p. 3o et suiv.
3 Nec manus nuda, nec intellectus sibi permissus multum valent. Ex operibus
et expenmentis causas et axiomata, atque ex causis et axiomatibus rursus nova