
d’un homme doué de sa raison ? Cuvier 1 et plusieurs autres auteurs sont
tombés dans la même erreur en disant que le cerveau des mammifères
contenoit en général les mêmes parties que le cerveau de l’homme, et
qu’elles y eonservoient à peu près le même arrangement. D’après une
semblable manière de voir, il n’est pas surprenant que les anatomistes,
quoique persuadés que le cerveau est l’organe de l’ame, ne puissent
ni concevoir ni supporter l’idée d’une physiologie du cerveau , et
d ’organes spé ciaux et distincts pour chaque fa c u lt é spéciale et fo n d a mentale
de l ’ame.
Il résulte évidemment de toutes ces considérations, que toute méthode
qui s’oppose à la découverte des parties qui perfectionnent
graduellement lecerveau, qui morcelle les organes avant leur achèvement
ou qui commence par tronquer les organes parfaits en les tranchant
et les coupant de haut en bas, etc. , est contraire à la nature,
et au but de l’organisation cérébrale. Ainsi que peut-on dire aux professeurs
actuels d’anatomie qui, malgré nos principes incontestables,
continuent à protéger cette misérable méthode de Vesale ? Que doit-on
dire de ceux qui, tout en reconnoissant publiquement les désavantages
de cette méthode , ne laissent pas de la conserver ? Peut-être veut-on
imiter fidèlement ses prédécesseurs, et n’adopter, comme eux, des
améliorations reconnues qu’après une période de cinquante ans ?
Ensuivant notre méthode, et en commençant l’examen de chaque
partie par sa première origine, il n’est pas difficile, en raclant, de suivre
leur cours et leur direction, de reconnoître les renforcemens successifs,
les additions de nouvelles parties et leur connexion naturelle,
et enfin d’arriver aux lois de l’organisation du cerveau. Yieussens est
redevable de la plupart des découvertes qu’il a faites dans le cerveau,
au soin qu’il a eu de racler les fibres dans leur direction.
De tout ce que nous avons publié sur notre méthode et nos principes
, on n’a rien saisi, sinon que nous commençons la dissection du
cerveau p a r en bas, tandis que depuis Vesale on avoitdans toutes les
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écoles 1 habitude de commencer cette opération par en haut. Mais
déjà Varole, Vieussens, Monro, Vicq-d’Azyr et quelques autres anatomistes
ayant fait leurs coupes par en bas ou par la base, et nos adversaires
ne connoissant gnères mieux les principes de ces anatomistes
que les nôtres, ils prétendoieut que notre méthode n’étoit que celle
de Varole et de Vieussens '. Peu importe à la science quel est celui qui
a le premier introduit une meilleure manière de voir. Cependant notre
réponse au rapport des commissaires de l’Institut, contient un détail
très-étendu sur les diverses méthodes de dissection du cerveau, et
nous y avons prouvé, par l’histoire de l ’anatomie etjiar les passages des
auteurs que nous avons cités , combien avant nous on étoit éloigné de
nos principes et de notre méthode.'Au reste il n’est que trop connu
qu’avant nous on a presque généralement négligé, soit par ignorance,
soit par timidité , de faire l’application des vues physiologiques et S
philosophiques à l’anatomie du cerveau.
Lorsque nous nous occuperons d’examiner, jusqu’à quel point le
crâne est l’expression de la forme du cerveau, on sentira combien il est
important pour le physiologiste de connoître avec exactitude la position
de chaque partie cérébrale ; et comme nos dessins anatomiques doivent
être consultés également pour la physiologie, nous y avons, autant que
pela a été possible, représenté le cerveau dans sa position naturelle
dans le crâne. Bonhomme a déjà fait voir dans le crâne le cerveau coupé
perpendiculairement suivant la ligne médiane, et couvert de la dure-
mère. On trouve aussi dans Tarin * la même coupe montrée de la même
manière, et une autre où la dure-mère est enlevée. La position est en
général bien gardée ; mais les dessins sont mauvais, et il n’est pas possible
de reconnoître chaque partie séparément.
Vicq-d’Azyr reconnut en quelque sorte l’importance de cette manière
de représenter le cerveau ; mais il n’a pas, dans l’exécution, surmonté
toutes les difficultés. D’après sa planche XXXIV, on se feroit
1 Voy. notre Mémoire, p. 3a.
* Advers. anat. Paris. 1 ~5o. Tab. XIV et II.