
Comment expliquer ces phénomènes, puisque les nerfs optiques
s’entre-croisent ? Pourquoi l’oeil est-il dérangé du même côté que le
cerveau ? Qu’est-ce qui arrive dans ce cas à l’odorat et à l’ouïe ? L’ouïe
paroît rarement souffrir des lésions du cerveau. L ’effet des lésions du
cerveau ne pourroil-il pas varier aussi bien d’apres leur intensité que
d’après leur siège ? Ce n’est que par la comparaison d'un grand nombre
de blessures et de maladies du cerveau et de leurs suites, dans l’observation
desquelles on joindroit à la plus grande attention de véritables
connoissances anatomiques , qu’il seroit possible de déterminer les faits
dont le physiologiste doit chercher l’explication.
. Continuons maintenant à suivre un des faisceaux primitifs du cerveau,
c’est-à-dire les pyramides.
Dans le cours des pyramides vers la protubérance annulaire , on
voit souvent des fibres s’en détacher, et se contourner autour des corps
olivaires ; PI. X III, 66. Les pyramides semblent se mettre par-là en
communication avec d’autres faisceaux, de même que les paires de nerfs
de la colonne vertébrale communiquent entre elles par: le moyen des
filamens qui vont des unes aux autres.
Immédiatement avant que les faisceaux pyramidaux entrent dans
la protubérance, annulaire, ils sont un peu étranglés , PI. Y , c ; mais à
peine y ont-ils pénétré qu’ils se partagent en plusieurs faisceaux, PL V,
et XII, f. Tous ces faisceaux sont placés dans une grande quantité de
substance grise, d’où il sort beaucoup de nouveaux faisceaux qui se
joignent aux premiers, et les renforcent durant leur trajet dans ce
véritable ganglion. Alors ils se prolongent en montant. Quelques-uns
sont disposés en couche, d’autres s’entrecoupent à angle droit avec les
faisceaux transversaux de la grande commissure du cervelet, ou s’entrecroisent
selon le sens propre du mot ; ils en sortent enfin si renforcés
et si élargis, qu’ils forment en avant et en dehors au moins les deux
tiers des grands faisceaux fibreux f crura cerebri ) des hémisphères ,
PI. Y ,X I , g.
11 résulte évidemment de ceci que le pont ou la protubérance annulaire,
PI. IY ,b , b , est un véritable ganglion où les faisceaux primitifs
pyramidaux sont renforcés , et deviennent les grands faisceaux
fibreux. Les couches transversales qui traversent les faisceaux longitudinaux,
sont, comme nous l’avons vu plus haut, les commissures du
cervelet.
Pour voir distinctement la marche des faisceaux longitudinaux et
transversaux, on fait dans la couche transversale antérieure de la commissure
une incision verticale d’environ une ligne de profondeur.
Mais il ne faut pas la faire en ligne droite du haut en bas ; car si elle
pénétroit trop profondément, elle couperoit les faisceaux longitudinaux
dont la direction est courbe ; il faut suivre la direction des pyramides
vers le grand faisceau fibreux , et décrire un arc peu prononcé dont la
convexité soit tournée vers la ligne médiane. Alors on écarte avec le
scalpel, que l’on tient droit, la couche transversale, partie en dehors,
et partie vers la ligne médiane.
En procédant de cette manière, on voit très-distinctement non-
seulement les faisceaux fibreux transversaux de la commissure des deux
hémisphères du cervelet, mais aussi les faisceaux longitudinaux des
pyramides qui sè renforcent, et s’écartent graduellement l’une de
l’autre.
Si l’on ne veut voir que les faisceaux longitudinaux, il suffit d’enfoncer
au bord inférieur du ganglion le manche aplati du scalpel au-dessous
de la couche transversale, et d’enlevercelle-cipeuàpeu.
On voit combien étoit imparfaite sur cette partie la connoissance de
'ceux qui avec Lieutaud , Sabatier , et autres anatomistes , pensoient
que les deux cuisses du cerveau se confondent en une, qui regardoient
la protubérance annulaire comme un mélange de la substance médullaire
du cervelet et du cerveau, et avançoient en outre que la substance
médullaire étoit intimement unie à la substance grise. Il n’y avoit que
le manque de saines idées physiologiques, et l’opiniâtreté malheureuse
à vouloir défigurer par des coupes la substance si fine du cerveau , qui
pussent engendrer et entretenir cette erreur grossière,
Vieussens avoit, il est vrai, trouvé en raclant les deux ordres de
couches de la protubérance annulaire ; mais son coup-d’oeil n’embrasse