
Un nerf coupé et régénéré, rétablit le mouvement, mais non la sensation
, parce qu’il s’est formé un ganglion. » Plusieurs physiologistes ,
tels que Johnston, Lecat, Metzger, ont été de cette opinion.
Mais Haase, Soemmerring, Bichat, etc., ont démontré' que non-
seulement les muscles involontaires, mais aussi les volontaires reçoivent
leurs nerfs des ganglions. Le mouvement volontaire n’exige-t-il
pas aussi l’influence du cerveau? S’il est question de la sensation, on
néglige la différence entre l’état ordinaire et l’état extraordinaire, les
divers degrés de l’activité des nerfs et surtout l’irritabilité individuelle
de certaines parties. Dans quelques circonstances, toutes les parties
peuvent, par le moyen des nerfs, produire des sensations dans le cerveau
, et dans d’autres conjonctures toutes les parties sont, dans ce
sens, entièrement insensibles. La lumière et les huiles douces qui irritent
l ’oeil si fortement n’excitent aucune sensation sur la peau ; et l’oeil
n’est que très-peu sensible à la température de l’air qui se fait sentir à
la main la plus rude. Une détonation qui paralyse le nerf auditif, n’ébranle
en rien le nerf optique. Plusieurs choses qui n’affectent ni le
palais ni la langue cau^nt une violente irritation dans l’estomac. Dans
la goutte et dans la siphylis les douleurs des os sont insupportables.
D’autres parties n’excitent-elles pas tantôt les sensations les plus douloureuses
, tantôt les sensations les plus agréables ?
Pourquoi, dans ce cas là, la suspension de la communication attribuée
aux ganglions, n’a-t-elle pas lieu ? pourquoi une irritation se transmet
elle plus qu’une autre? Admettons avec Bichat, Reil, et d’autres
auteurs, que les animaux qu’on ouvre tout vivans ne crient pas, lorsque
les nerfs du ventre sont piqués, et donnent des marques de souffrance
aussitôt qu’on blesse ceux de la vie animale ; il ne s’ensuit nullement
que ces mêmes nerfs ne soient pas des conducteurs pour d autres irritations
; car Bichat lui-même convient que ce qu’il appelle la sensibilité
organique, peut s’élever à une sensibilité animale , et il d it1, au
sujet des ligamens, « qu’irrités par les acides , les alcalis très-concen-
’ Sur la vie et la mort, p. 87.
très, ou par l’instrument tranchant, ils ne transmettent point au
cerveau la forte impression qu’ils reçoivent; mais sont-ils tordus,
distendus, déchirés, une vive sensation de douleur en est le
résultat. »
On en peut déduire la conséquence que les irritations modifiées de
tous les nerfs pouvant être communiquées au cerveau et y exciter des
sensations, le cerveau n’est sous ce rapport soustrait à l’influence d’aucun
nerf.
Quant à l’action libre et spontanée du cerveau sur les opérations
du sytème nerveux et de différentes parties; elle n’a lieu sur quelques
parties que dans certaines circonstances ,• et sur d’autres elle n’existe
jamais; Toute influence de la volonté ou du cerveau cesse dans les
affections soudaines, dans l’effervescence des passions, dans les crampes
et les convulsions, dans la rage, dans la démence , dans les idées fixes.
Ainsi, que l’on considère le cerveau comme dépendant ou indépendant
des nerfs relativement aux sensations, ou les diverses parties du corps
comme dépendantes ou indépendantes du cerveau, relativement aux
mouvemens spontanés, il sera difficile de découvrir par le fait entre ces
deux hypothèses aucune différence essentielle, et toujours la même dans
toute les circonstances ; si ce n’est que certaines parties ne sont jamais
soumises à la volonté. Mais on ne pourra jamais établir une différence de
cette nature sur les ganglions. Par conséquent, le nombre plus ou moins
considérable de ganglions ne peut soustraire plus ou moins les nerfs à
l’influence du cerveau. Dans plusieurs animaux, certains nerfs ont
moins de ganglions, dans d’autres animaux, ces mêmes nerfs en ont
davantage. Le nerf optique, par exemple, a moins de ganglions dans
les oiseaux que dans les mammifères ; le nerf olfactif en a plus dans
les poissons que dans les oiseaux, etc., sans que pour cela ces nerfs
dans l’une ou l’autre classe d’animaux, soient plus ou moins dégagés de
l ’influence du cerveau.
Le système des ganglions n’étant, d’ailleurs, comme nous l’avons
déjà dit, nullement borné aux plexus et aux ganglions du bas-ventre et
de la poitrine ; et des ganglions se retrouvant encore dans les nerfs de