
juger. C’est du défaut de jugement que naissent des opinions
quelquefois si différentes sur des objets purement
anatomiques. Quand nous traiterons delà moelle épinière,
on aura de la peine à concevoir comment les écrivains
les plus célèbres se sont expliqués d’une manière différente
et souvent diamétralement opposée sur un objet
qui est constamment le même, et où tout est plus simple
et plus facile à vérifier que dans le cerveau. Si l’on
ne fait des recherches très-nombreuses, on court le risque
de regarder les modifications purement accidentelles,
comme des phénomènes constans.il s’en faut en outre de
beaucoup que tous les objets soient également faciles à
voir dans tous les individus ; les mêmes parties se trouvent
plus ou moins développées chez l’un que chez l’autre ;
souvent des circonstances accessoires, tels que l’âge, la
nature de la maladie à laquelle un sujet a succombé , le
temps qui s’est écoulé depuis la mort jusqu’à l’examen
du cadavre, l’intensité du froid ou de,la chaleur, etc.,
ont une grande influence sur la précision avec laquelle
certains objets peuvent être décrits 5 ce n’est que dans
l’hydrocéphale que la structure fibreuse de la substance
blanche du cerveau se montre presque partout, sans
aucune préparation 5 ce n’est que dans le spina bijida,
et dans les enfans très-jeunes que l’on peut démontrer
évidemment qu’il n’y a point d’adhérence entre les parois
de l’intérieur des deux moitiés de la moelle épinière.
C’est ainsi que dans beaucoup de cas il faut attendre des
phénomènes physiologiques ou pathologiques, avant de
pouvoir rectifier une erreur ou établir solidement une
vérité.
Que les médecins et le public se figurent d’après cela
jusqu’à quel point l’on doit s’attendre de la part des anatomistes
de profession à un jugement exact sur nos découvertes
anatomiques. Dans le nombre de ceux qui
sont dans une position convenable pour multiplier suffisamment
les expériences, combien peu s’en trouve-t-il
qui en sentent intérieuremènt la vocation ? Qu’ils sont
peu nombreux les anatomistes doués tout à-la-fois de
goût pour l’étude de la nature et d’un esprit physiologique
! Qu’il est rare aussi que les vieux anatomistes de
profession ne soient pas préoccupés ! Il n’y a que peu
d’hommes, qui, comme Loder, Reil, Soemmerring, ne
voulant pas passer pour plus savans qu’ils ne le sont, mais
voyant avec plaisir les progrès des sciences, et renonçant
à tout amour-propre. ne rougissent pas de publier hautement
l’aveu de leur conviction. Une vérité que confirme
l’histoire de tous les temps, c’est que la persécution
contre l’auteur d’une découverte vient spécialement de la
part de ceux qui se sont voués au même genre d’occupation
que lui. Aussi une vérité nouvelle n’est-elle jamais adoptée
généralement que par la postérité chez qui les rivalités
de l’amour-propre ne viennent plus à la traverse.
Nous avons jusqu’ici tiré parti de toutes les objections
faites contre nos assertions, lorsqu’elles sont parvenues
à notre connoissance, et nous agirons toujours de même.
La seule chose que nous regrettons, c’est que nos anta