
Afin de présenter les opinions de chaque auteur dans
toute leur force, nous avons presque toujours cité ses
« de l'instruction du fils du gouverneur d’Aragon, sourd - muet de
« naissance comme les précédens. Ce qu’il y a de plus surprenant dans
« son art, c’est que ses élèves , tout en restant sourds-muets, parlent,
« écrivent, et raisonnent très-bien. Je conserve de l’un deux, don
« Pedro de Velasco, frère du connétable, un écrit dans lequel il me dit
« que c’est au Père Ponce qu’il a l’obligation de savoir parler ».
D’après ce que ce même Morales dit ensuite , il paroît que Ponce a
donné à son art toute la perfection dont il est susceptible. D’autres
écrivains espagnols, contemporains de Ponce, en ont parlé avec.de
grands éloges ; ils assurent qu’il enseignoit aux sourds-muets non-seulement
à parler, mais aussi toutes les sciences qu’on peut montrer à
un bomme doué de l ’usage de tous ses sens.
La vérité de ces témoignages est encore confirmée par la note suivante
que j’ai lue dans le registre des décès du eouvent des Bénédictins
de San Salvador de Ona où Pedro de Ponce passa la plus grande partie
de sa vie.
Obdormivit in domino rater Petrus de Ponce, hujus domus bene-
factor , qui inter cceteras virtutes, quce in ïllo maximce fuérunt, in
hac prcecipuefloruit, ac celeberrimus toto orbe fu it habitus, scilicet,
mutos loqui docendi. Obiit anno i 584 mense Augnsto.
Il existe dans les archives de ce même couvent beaucoup d’autres
documens, nommément un acte de fondation d’une' chapelle, fait et
signé par Pedro de Ponce , et revêtu de toutes les formalités juridiques
; il résulte de cet acte que ce religieux possédoit l’art utile dont
nous parlons, et que les sourds-muets, ses élèves, parloient, écrivoient,
calculoient, prioient à haute voix, servoient la messe, se confessoient,
parloient grec, latin et italien, et raisonnoient très-bien sur la physique
et l’astronomie. Quelques - uns sont même devenus d’habiles
historiens ; « ils se sont, dit quelque part Pedro Ponce, tellement dis-
P R E F Â C E . XL I
propres expressions. De cette manière, personne ne
pourra se plaindre que nous ayons tronqué ou défiguré
« tingués dans les sciences, qu’ils eussent passé pour des gens de talent
« aux yeux d’Aristote ». [
Quelques auteurs ont attribué l’invention de l ’art d’instruire les
sourds-muets à un autre Espagnol. Il est vrai que Juan Paulo Bonnet
a écrit sur ce sujet ; mais on ne peut douter qu’il ne tînt sa méthode
de Pedro de Ponce. C’est ce dont nous allons trouver la preuve dans
des rapprochemens chronologiques.
Ambrosio Morales, qui parle si souvent de Pedro de Ponce et de
sa méthode, mourut en i5ç)0. L’ouvrage de Bonnet parut en 1620.
Morales avoit achevé son histoire sept ans avant sa mort. Il s’ensuit
par conséquent, qu’il avoit eu connoissance de la découverte et de la
méthode de Pedro de Ponce , plus de trente-sept ans avant l’époque
où Bonnet entra dans la même carrière.
La Philosophia sacra de Yalles, où il est aussi question de Pedro
de Ponce, ainsi que nous l’avons dit plus haut, parut trente-deux
ans avant la publication de l’ouvrage de Bonnet.
Castaniza, auteur d’une vie de S. Benoit, qui parut à Salamanque
en i 588, par conséquent trente-deux ans avant la publication de l’ouvrage
de Bonnet, parle en plusieurs endroits de la méthode de Ponce
pour rendre aux sourds-muets l’usage de la parole.
Ajoutons à cela que Bonnet étoit secrétaire du connétable à la même
époque où Ponce instruisoit les deux frères et la soeur de ce dernier.
Il est donc vraisemblable que Bonnet profita de cette occasion pour
se familiariser avec la méthode de Ponce. Il est d’ailleurs difficile de
croire que le connétable eût cherché hors de sa maison un instituteur
pour ses frères et sa soeur, si son secrétaire eût possédé l’art dont on
prétend qu’il est l’inventeur.
Tout ce que je viens d’alléguer démontre d’une manière incontestable
i- ' . ' ■ ■ n /