
notre ame, lorsque nous croyons dormir, de planer dans les nues ,
de voyager en quelques minutes par monts et par vaux ; de revenir
chez soi après avoir triomphé d’une bande de voleurs | de tirer de la
roue de fortune le but de tous ses voeux ; de se jeter sans risque dans
les bras de sa bien-aimée ? C’est ainsi que dans le sommeil l’ame du
cheval va pâturer dans les prairies les plus grasses, et que celle du
chien va à la chasse. Qui pourra trouver mauvais que quelquefois
notre ame s’amuse , suivant son habitude dans l’état de veille, à un
mélange confus d’idées et de sentimens bizarres ?
Tout est possible aux purs esprits , mais leurs décrets sont impénétrables.
Aussi ne nous permettrons-nous pas de ' demander comment
notre ame est en même temps unie intimément au corps et à l’ame
du monde, et peut en même temps être resserrée dans la prison la
plus étroite, et dégagée de tous ses liens? comment, si l’ame du magnétiseur
se confond dans celle du magnétisé, ces deux âmes peuvent
ensuite se séparer l’une de l’autre ? pourquoi l ame, en s’éveillant de
l’extase de la béatitude , doit être nécessairement punie par l’oubli
total de cet état heureux ? pourquoi ce n’est qu’à force de questions
importunes, de peines et de difficultés qu’on peut lui arracher quelques
indices de la science universelle ? En outre, puisque dans le somnambulisme
elle voit toutes les parties du corps comme avec les y eu x , et
que les nerfs paroissent lumineux dans tous les points, et deviennent
visibles par eux-mêmes $ puisque les magnétisés sont en état de recon-
noître la forme de leurs parties intérieures comme s’ils les regardoient
avec leurs sens extérieurs, et puisque les physiologistes ne manquent
ni de curiosité, ni de l’art de questionner ; c’est vraisemblablement
parce qii étant élevée au-dessus de toute conscience, elle ne veut pas
s’occuper des choses terrestres ; car quoiqu’on magnétise depuis longtemps
, ce n’est malheureusement que par la voie longue et pénible
de l’expérience qu’il faut chercher les connoissances réelles. On voit
d’ailleurs que ce sont des âmes féminines très-condescendantes qui se
prêtent toujours aux projets, au préjugés du magnétiseur et à ceux du
pays qu il habite ; ce sont elles qui indiquent aux physiologistes les
viscères de la poitrine et du bas-ventre, la moëlle épinière , le nerf
sympathique et le plexus solaire ; aux médecins humoristes les obstructions
et les acrimonies ; aux Stolliens les inflammations occultes ;
aux Browniens l’asthénie et l’hypersthénie ; ce sont-elles qui révèlent
à lun le vin, le quinquina et l’éther, à un autre l ’émétique, le
purgatif, les caïmans et le moxa. O excès de complaisance !.... Vous,
Galien, Vesale, Faloppe, Eustachi, Harvey, Haller, etc., seroit-ce
à une clairvoyante que vous seriez redevables de votre gloire !
Après avoir exposé toutes ces vérités démontrées par les magnétiseurs
allemands, il seroit ridicule d’accorder moins de confiance aux
récits des' physiologistes françois. Conformément aux lois invariables
de la nature, les femmes et les filles doivent être susceptibles de
ravissement et d’extase en France, de même qu’elles l’avoient été
entre les mains des étudians et des docteurs de Vienne, de Halle,
de Dresde, de Brème, de Hambourg, etc. Du grand nombre des faits
connus et remarquables j nous ne citerons que celui dont parle Dumas *,
en ces termes : « Quant aux irrégularités, aux anomalies dépendantes
de l’état maladif, elles sont en grand nombre , et se diversifient à
l’infini ; elles se manifestent surtout dans les affections cérébrales et
nerveuses, comme la manie, la frénésie, l’hydrophobie, le tétanos et
1 hystérie. Mais je n’en connois pas de plus merveilleuses, de plus
inconcevables, que ce transport des sens à l’orifice de l’estomac, dont
le docteur Petetin a décrit toutes les circonstances vraiment extraordinaires,
chez une femme hystérique qui, ayant perdu l’usage des sens
externes, rémplissoit leurs fonctions par le moyen de l’estomac, où
les sensations des couleurs, des sons, des odeurs venoient aboutir.
Dans cet exemple rare, tous les sens concentrés autour de l’estomac
avoient abandonné leurs organes naturels pour se fixer sur le viscère
à 1 aide duquel la faculté de voir et d’entendre s’exerçoit plutôt que
par les oreilles et les yeux ».
Toutes les découvertes ayant été défigurées, il en est sans doute
1 Principes de physiologie, seconde édition, tome III. p. 43 4'