
La seule preuve que l’on oppose à la structure fibreuse du cerveau,
c’est que lorsqu’on coupe sa masse, on n’y aperçoit aucune fibre; elle,
n’a, dit-on, paru fibreuse à quelques anatomistes qui 1 ont déchirée ,
que par une conséquence de la traction et du tiraillement opérés sur
une masse un peu coriace et quand même les filamens se seraient
réellement montrés d’une autre manière, ce n auroit été que par suite
d’une préparation chimique, ou d’une altération survenue après la
mort.
Nous répondrons à ces assertions arbitraires par les argutnens que
nous avons présentés en détail dans notre mémoire >. Il est impossible,
par des coupes nettes et lisses, de découvrir la véritable structure d une
masse extrêmement fine et molle. On n y réussit meme pas de cette
manière dans les parties où elle est évidemment fibreuse ; par exemple
dans les pyramides, dans la protubérance a il n nia ire ou dans le pont,
dans les pédoncules, dans la grande commissure , dans la région postérieure
et antérieure des cavités des hemispheres.
On pourrait reprocher à ceux qui attribuent à l’impression des vaisseaux
sanguins l’apparence fibreuse de toutes ces parties , qu ils ont mal
comparé la direction des vaisseaux sanguins à. celle des filamens nei-
veux. En effet, quoique les filets nerveux soient accompagnés de vaisr
seaux sanguins très-minces, les gros vaisseaux qui produisent des
sillons ont souvent une direction entièrement différente.
Dans l’hydrepisie du cerveau les fibres se montrent tres-distincte-
ment. Si, en soufflant de l’air ou en injectant de 1 eau, on sépare, les
unes des autres, les couches formées par iesfibres, on aperçoit ces fibres
dans tout leur épanouissement. On obtient le même résultat, lorsqu’on
fait bouillir dans l'huile le cerveau entier ou quelquune de ses
parties, ou qu’on les fait macérer dans de l’acide nitrique ou muriatique
étendus d’eau ou d’esprit de vin. Si l’on racle la substance blanche
dans la direction des fibres, on peut les suivre avec loeil nu, jusque
dans la substance grise des, circonvolutions du cerveau ; mais si
P. x i 3.
ton racle en travers ou obliquement, les fibres se dérangent de leur
direction naturelle , et se rompent visiblement. Si les fibres sont le
produit d’ume coagulation qui aurait lieu après jamort, comment arrive-
t-il que des agens aussi opposés, que le sont l’eau dans L’hydropisie du
cerveau, l’esprit de vin, le vinaigre, la liqueur de Monro, les acides
minéraux, l’huile chaude et même la gelée, agissent tous d’une manière
uniforme ? Pourquoi la substance blanche se coagule-t-elle dans
les circonvolutions en fibres, qui s’y tiennent dans une position droite
et perpendiculaire du fond au sommet ? pourquoi dans d’autres parties
se coagule-t-elle en fibres horizontales circulaires, disposées en éventail
, ou entrecroisées ? pourquoi les fibres , dans toutes les circonstances
, se forment-elles toujours de la, même manière dans la même
partie? Chaque portion de cette substance est-elle donc soumise à des
lois d’affinités chimiques différentes? Comme il sera difficile de réfuter
les expériences citées,,et de répondre aux questions que nous venons de
faire, nous espérons qu’à l’avenir la structure entièrement fibreuse
de la substance blanche du cerveau sera reconnue comme une chose
démontrée.
Quoique dans le cerveau les filets soient réunis en couches molles
et épaisses-, nous aimons mieux les appeler fibres nerveuses, que fibres
médullaires, ; car l’expression de moelle conduirait toujours à une idée
inexacte. Au reste on est convenu depuis long-temps que le degré plus
ou moins grand de consistance n’est pas essentiel pour constituer un
nerf. Les fibres du nerf olfactif ne sont pas plus fermes dans tout leur
cours, que celles des différentes parties du cerveau. On peut en général
admettre que les fibres de tous les nerfs sont, à leur naissance et ordinairement
eneore dans leur épanouissement périphérique, aussi molles
par exemple que le cerveau,; les origines de tous les nerfs de la colonne
vertébrale , des nerfs des sens, dù nerf tri-jumeau ou de la paire mixte.
Cependant quel anatomiste consentirait à appeler les mêmes fibres
qui composent un nerf, tantôt fibres médullaires, tantôt fibres nerveuses
? Il n’y a donc pas de motif raisonnable qui puisse faire donner
aux fibres du cerveau un nom différent de celui des fibres de tout