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optique ne doivent-elles pas être transportées autrement que celles du
nerf auditif ou du nerf olfactif ? Que le mode de communication soit
le même , mais seulement plus fort pour un sens, et plus foible pour
un autre ; alors, comme le dit fort bien Soemmerring ', les perceptions
des impressions seroient les mêmes dans le ceçveau, elles seroient seulement
plus fortes ou plus foibles ; conséquemment elles ne différeraient
pas dans leur essence. Cette différence dans le mode de propagation
en nécessite donc une dans la structure intérieure des nerfs. La même
règle doit s’appliquer à tous les nerfs, à quelques fonctions qu’ils appartiennent,
dès qu’ils sont destinés à propager des impressions déterminées
ou spécifiques.
La structure intérieure des nerfs doit aussi différer lorsqu’ils doivent
agir différemment sur des parties diverses. La sécrétion de la salive, du
suc gastrique, de la bile, de la semence , des larmes, et les différentes
irritabilités de toutes les parties exigent absolument des actions différentes,
et conséquemment des nerfs différens.
C’est ce qui fait que même les nerfs des sens peuvent exercer leurs
fonctions spéciales par les seules irritations intérieures, et sans le concours
du monde extérieur. Les sensations que nous avons dans les songes,
sont les mêmes que celles qui sont produites par le monde extérieur.
Un homme qui a perdu la vue, rêve qu’il voit; on croit encore ressentir
de la douleur dans un membre amputé ; l’affluence du sang vers l’oe il,
fait voir des flammes et des objets brillans ; vers l’oreille, elle y excite
des tintemens et des bourdonnemens; sur la surface de la peau, elle
nous fait rêver que nous sommes dans un bain tiède ; un coup sur l’oe il,
le contact de deux métaux différens dont on applique l’un sur la lèvre
supérieure , et l’autre sous la langue, occasionne un éclair3; enfin
les illusions des sens dans les maladies dérivent toutes de causes intérieures.
On doit induire de tous ces phénomènes que l’organisation particu- •
• L. c. p. 426-
* Comparez Cuvier, 1. c. p. io5 etsuiv.
lière de chaque nerf est la cause propre de son irritabilité , ou de sa
sensibilité particulière.
« Mais, objecte-t-on 1, la plupart des nerfs sont à la fois nerfs des
sensations, et organes du mouvement. Les deux fonctions sont différentes,
opposées même; cependant elles ont lieu dans le même organe
sans se troubler l’une l’autre, et sans occasionner la moindre confusion :
on observe cette différence jusques dans les nerfs des sens.
« La branche maxillaire inférieure de la cinquième paire est non-
seulement un organe de mouvementpoürplusieurs muscles, surtout de
la face, mais elle est en même temps l’organe du goût. Le nerf lingual
de cette branche se ramifie aussi bien dans les papilles que dans les
muscles de la langue. Il en est de même du glossopharyngien. Par conséquent
les mêmes nerfs donnent à la langue le mouvement’ et la sensation
du goût ; ces deux fonctions sont donc réunies dans le même
moment sans s’interrompre ni se gêner mutuellement ; ce qui devrait
avoir lieu, si un seul organe ne pouvoit pas remplir des fonctions différentes.
Cest aussi ce qui existe dans les nerfs des bras qui effectuent la
sensation et le mouvement ».
Avant de répondre catégoriquement à cette objection, nous observerons
qu’elle suppose démontré ce qui ne l’est pas, savoir : que la sensation
et le mouvement s’effectuent par les mêmes filamens nerveux. Le
nerf que l’on a coutume de regarder comme simple, a, dès son origine,
reçu ses filamens de différens points : par exemple la cinquième paire
naît de trois endroits différens , avec trois racines principales entièrement
différentes. Les nerfs olfactifs et optiques des animaux mammifères
reçoivent leurs fibres successivement dans un long trajet, et c’est ainsi
que tous les nerfs naissent dans une étendue plus ou moins grande ; c’est
peut-être ce qui explique les nombreuses modifications qu’un nerf peut
recevoir. Nous voyons plus d’une couleur, et nous entendons plus
d’un son. Dans un animal les filamens nerveux sont sensibles à certaines
particules odoriférantes, dans un autre ils sont destinés à en
' Kessler, Prüfung des Gall’schenSystems. Jena. i 8o5. S. 5o.