
Les différens systèmes nerveux dont nous avons parlé dans cette
section se développent à des époques diverses chez les différens animaux.
Chez les animaux qui naissent sourds et aveugles, tels que les
chiens, les rats, etc., les nerfs acoustique et optique ne doivent pas
à l’instant de la naissance être autant développés que chez le veau, le
poulain , le perdreau, le poussin, etc. Les différens systèmes nerveux
ne se développent pas non plus simultanément chez les individus de
la même espèce. Chez l’homme les nerfs des muscles de l’oeil et le nerf
tri-jumeau sont déjà fibreux et fermes, et le nerf olfactif est grand
et offre des filets bien distincts, tandis que les nerfs optique et acoustique
semblent n’être encore composés en entier que de substance
grise.
S E C T ION y.
De la différence des nerfs.
T o u s les physiologistes conviennent que les systèmes nerveux dont
nous venons de parler ont des fonctions différentes ; mais on peut
demander s’il faut chercher la cause de cette différence dans les nerfs
mêmes, ou dans des circonstances accessoires.
On voit quelques nerfs se distribuer dans le tissu vasculaire, et d’autres
envelopper les artères de filets nombreux ; on parle de nerfs de
sensation et de mouvement; on attribue à chaque partie, à chaque
viscere une sensation particulière ; et cependant la plupart des physiologistes
modernes avancent que les nerfs sont tous originairement
semblables, et que la différence de leurs fonctions dérive des parties
auxquelles ils appartiennent, ou de leurs appareils extérieurs. Comme
l’on peut diviser un polype en plusieurs morceaux dont chacun devient
un animal semblable au premier, peut-être a-t-on raison de penser
qu il y a une égalité parfaite dans toutes les parties du polype, ou que
chaque partie forme un tout. Cette conclusion tirée de l’organisation
des polypes qui est si simple, et où l ’on n’a pas même encore découvert
de nerfs, fut appliquée aux systèmes nerveux nombreux et très-
variés des animaux les plus parfaits. On les compara à un réseau q u i,
comme les débris d’un aimant, seroit composé originairement de parties,
homogènes et diversement liées entre elles. C ’est ce qui fait penser
à M. Cuvier *, que cette différence des fonctions doit être attribuée
a la nature des organes extérieurs auxquels les nerfs vont se rendre, à
* pi. c. p. g!),