
acte de tension entre la substance grisé et la substance
blanche du cerveau ? Si Hippocrate avoit écrit dans cet
esprit, qui liroit encore aujourd’hui ses divines observations
?
Un autre écueil encore plus dangereux c’est de chercher
à donner à ses expériences plus d’intérêt et de valeur
qu’elles n’en méritent réellement. En agissant de la
sorte l’on trouve ordinairement dans chaque expérience
la confirmation de ses préventions et de ses idées favo-
rites. Il en résulte pour le lecteur inexpérimenté une
illusion d’autant plus facile, qu’il s’attend à n’obtenir
d’un écrivain observateur que des phénomènes réellement
puisés dans la nature. C’est ainsi que les observations de
Cheselden sur les aveugles se sont trouvées dénaturées et
transmises, dans leur travestissement, d’un écrivain à
l’autre. Les écrivains postérieurs qui ne veulent pas avoir
fait des observations moins bonnes, ni moins intéressantes
, ne manquent jamais d’appuyer les inexactitudes.
Il n’y a que l’observateur exercé qui devine à la physionomie
de ces expériences l’esprit de celui qui les a faites.
Le lecteur doit se tenir en garde pour ce qui vient avec
précipitation et par surabondance seconder une opinion
favorite ; pour ce qui se rattache avec trop de promptitude
aux désirs d’un grand homme, et qui donne à beaucoup
de gens d’esprit un moyen de se distinguer tout-
à-coup, etc. Telle a été à-peu-près l’histoire de la cure
de la surdité par le galvanisme, et par la perforation du
tympan ; telle a été l’histoire des bains froids, de l’émétique
, de la saignée, de l’électricité , etc.
Les faits sur lesquels nous fondons nos principes sont
la plupart de nature à pouvoir être répétés et multipliés
à volonté par chacun de nos lecteurs. Nous n’avons pas
voulu aller chercher dans un autre hémisphère ce que
nous pouvions trouver dans nos propres foyers. Le cygne
et le taureau sont organisés d’après les mêmes lois que
le canard et l’éléphant. Il n’y a pas d’inconvénient à décrire
la structure du crâne des Caraïbes, des Pécherais,
des Hottentots, des Tongouses, etc.; mais si l’onexami-
noit avec la même attention et la même sagacité les crânes
des Allemands, des François; des Russes, etc., l’on auroit
moins de peine à multiplier les observations, et outre
qu’elles acquerroient une valeur plus durable, elles con-
duiroient aussi à des résultats bien plus utiles. Toutes
lés observations ont leur utilité constante , n’importe
qu’on les ait faites sur l’orang-outang ou sur le chien ;
mais eh les faisant sur les objets qui se trouvent journellement
autour de lu i, l’observateur pourra plus facilement
les multiplier et les vérifier.
Nous avons aussi pris garde de tomber dans les erreurs
de l’écrivain qui ne parle que de choses rares, inouïes et
extraordinaires. Au lieu de le croire observateur, nous
le regardons comme un jeune poète à qui la nature ne
se montre guère que sous des dehors empruntés.
Les faits nombreux que nous citons à l’appui de nos
assertions, prouvent combien nous sommes pénétrés de
la nécessité de multiplier les expériences. Mais ces faits
ne serviroient tout au plus qu’à satisfaire la-curiosité, si