
furent l’objet de mon attention. Peu à peu je crus pouvoir
me flatter d’avoir trouvé d’autres caractères extérieurs
qui indiquoient une disposition bien prononcée
pour la peinture, la musique, les arts mécaniques, etc.
J’avois, dans l’intervalle, commencé l’étude de la
médecine. On me parloit beaucoup des fonctions des
muscles, des viscères, etc. ; mais on ne me disoit rien desr
fonctions du cerveau et de ses diverses parties. Pendant
que je faisois des conjectures sur les signes de certains
talens qui s’annonçoient par la conformation de la tête,
il ne me vint jamais en idée que la cause des facultés
intellectuelles fût dans tel ou tel endroit du crâne; mais
j.e supposai d’abord , ce que je ne tardai pas à porter
jusqu’à la certitude, que la différence de la forme des
crânes est occasionnée par la différence de la forme des
cerveaux.
N’étoit-il pas alors très-naturel d’espérer qu’en découvrant
et constatant, dans des hommes doués de talens
marquans, des signes extérieurs de leurs qualités, cette
découverte me conduirait à connoître les fonctions du
cerveau et de ses parties? L’espoir flatteur de me mettre
en état de déterminer un jour le rapport des facultés
intellectuelles avec l’organisme, étoitun encouragenient
trop puissant, pour que je ne formasse pas la résolution
de continuer mes recherches, jusqu’à ce que j ’eusse
atteint mon but, ou que je me fusse convaincu de l’impossibilité
d’y parvenir.
Cette entreprise n’eût pas été très-difficile si, entièrement
libre, je m’étois trouvé abandonné à moi seul
et à la nature. Mais il arrive trop souvent que, plus on
deyient savant, plus on s’écarte de la simple vérité.
C’est ce que j ’éprouvai. Ma conviction encore trop foible
s’ébranloit à mesure que j ’acquérais des connoissances,
ou plutôt que j ’entassois des préjugés.
-, Un grand nombre de philosophes et de physiologistes
assurent, me disois-je, que tous les hommes naissent
avec des facultés égales, et que les différences qu’on
remarque entre eux sont dues soit à l’éducation, soit
à des circonstances accidentelles. S’il en est ainsi, il ne
peut y avoir des signes extérieurs des facultés dominantes
, et par conséquent le projet d’apprendre à connoître
de cette manière les fonctions des diverses parties
du cerveau, est une vraie folie.
Mais je savois que mes frères et mes soeurs, mes
camarades et mes condisciples avoient reçu à peu près
la même éducation, ou plutôt qu’en général ils n’en
avoient reçu aucune. Tous s’étoient développés au milieu
de mêmes circonstances analogues. J’observai de plus
qu’ordinairement ceux dont l’éducation avoit été le plus
soignée, et à qui les instituteurs avoient prodigué l’instruction
en particulier, étoient de beaucoup en arrière
des autres pour la capacité.
Souvent on nous accusoit de mauvaise volonté ou de
manque de zèle; mais plusieurs d’entre nous ne pou-
voient, malgré la meilleure volonté et les efforts les plus
opiniâtres, s’élever sur certains points jusqu’à la médio