
Beaucoup de médecins, en entrant dans la chambre d'un malade ,
reconnoissent la nature et le degré de certaines maladies ,' par exemple
de la petite vérole , de la pulmonie purulente ; on s’aperçoit simplement
par l’odorat de l’approche des menstrues, du séjour des personnes
rousses. Plusieurs relations nous apprennent combien l’homme peut
exercer et augmenter la force de son odorat ; que dans les Antilles, par
exemple, il y a des Nègres qui suivent les hommes à la piste, comme
feraient les chiens, et savent distinguer les traces d’un Nègre de celles
d’un Européen ; qu’un sauvage retrouva sa femme à la piste, et qu’un
moine prétendoit avoir la faculté de juger simplement par l’odorat la
vertu des femmes et des filles
Des exemples semblables réfuteraient l’opinion de Vicq-d’Azyr,
qui pense que les animaux n’ont l’odorat si fin que parce que leur
nerf olfactif est creux, si nous n’avions pas démontré que chez l'homme
le nerf olfactif est également creux. Peut-être au reste cette organisation
, et la communication immédiate du nerf olfactif avec les ventricules
du cerveau, contribuent-elles à produire sur les animaux et sur
l’homme les effets si énergiques des odeurs, et qui tantôt engourdissent
celui-ci jusqu’à la défaillance, tantôt le réveillent d’une mort apparente.
De l’ouïe,
Nous trouverons beaucoup plus de difficultés pour accorder entre
elles les opinions des écrivains sur la sphère d’activité spéciale des trois
sens dont nous allons traiter.
Personne jusqu’à présent n’a douté qu’un grand nombre d’animaux
ne l’emportassent sur l’homme pour la finesse de l’ouïe. M. le professeur
Ackermann 2 est le seul qui, pour pouvoir aussi dériver dé cette
finesse de l ’ouïe la supériorité de l’intelligence humaine, assure que
‘ Lecat, 1. c. §.37.
*L. c. p. 117.
chez l’homme l’organe de l’ouïe est le plus parfait, et que le limaçon,
principal instrument de l’ouïe, est moins développé chez la plupart
des animaux, quoique chez eux le vestibule et les canaux demi-circulaires
soient plus grands.
Cependant non-seulement le vestibule et les canaux demi-circulaires
sont proportionnellement plus grands chez plusieurs animaux, mais le
nerf acoustique et tout son appareil sont aussi plus parfaits. Ce nerf
prend naissance chez eux dans un amas plus considérable de substance
grise, et.est en conséquence considérablement plus gros; on peut s’en
convaincre aisément en l’examinant chez le mouton, le boeuf, le cheval,
etc. Le pavillon extérieur de la plupart des animaux est beaucoup
plus développé, et les grandes cavités à parois osseuses qui entourent
le labyrinthe dans beaucoup d’animaux, produisent un effet semblable,
pour renforcer le son de leurs voûtes solides et élastiques.
Ces cavités ; qU il ne faut pas confondre avec les apophyses mastoïdiennes,
renferment chezbeàucoup d’animaux, par exemple chezle veau
des canaux concentriques qui se réunissent en une cavité'commune ,
ce qui doit .évidemment augmenter l’intensité du son. Nous pourrions
en conséquence avancer, qu’abstraction faite de toute expérience
beaucoup d’animaux doivent nécessairement avoir l’ouïe plus fine que
l’homme; à moins qu’on ne veuille supposer avec M. Dumas que
la suite nombreuse des cavités et des détours que l’ouïe dés animaux
présente, affoiblit l’intensité du son, et qu’ainsi la nature détruit
d’un côté ce qu’elle a fait de l ’autre avec beaucoup de frais et l’intelligence
la plus réfléchie.
On a généralement dérivé jusqu’à présent la musique de Fouie, particulièrement
du limaçon; « c’est là, dit M. le professeur Ackermann *
ce qui donne surtout à l’homme le sentiment de la musique ; ce n’est
point une protubérance sur le front ».
Lecat dans son traité sur l’ouïe, parle des lois de la vibration, de
" Principes de physiologie , tom. I I I , p. 529.
* L. c.§. 117.