
non - seulement beaucoup de rivières
portent le même nom, mais il arrive encore
souvent que la même porte dans un très-
court espace plusieurs noms absolument
différens ; ce qui ne peut que nuire infini-,
ment aux connoissances locales, et dérouter
a chaque instant le voyageur qui n’est pas
sur ses gardes, et connoît mal le pays. De
Coffre Kuylls’Ripier nous traversâmes Celle
de F a ise , ou Fausse-Rivière ; après quoi,
nous gagnâmes, après sept heures de march
e , la rivière d’or ( Goud-Rivier) , et par
corruption Gous > et souvent Goud-Ritt
( des Roseaux d’or ) , et encore par corruption
Gouritsi d’où naissent les différentes
manières dont les voyageurs ont écrit le
nom de cette rivière. Celle-ci nous arrêta; il
n etpit pas possible de la traverser ; elle
avoit la largeur de la Seine vis-à-vis le
Jardin des Plantes à Paris. I l fallait que dé
grands orages eussent inondé le pays d’où
elfe couloit ; ca r , dans cette saison, elle n ’est
ordinairement;, comme les autres , qu’un
ruisseau praticable. Ses bords sont garnis dé
grands arbres épineux ( Mimosa-Nilotica ) i
et l ’on y trouve beaucoup de perdrix , et
notamment la grande espèce que les habitans
du Cap ont nommée fésants. Après
[trois jours de campement, ne voyant point
diminuer cette r iv iè re , e t , toujours impa-
tient de pénétrer plus lo in , je ne vis qu’un
moyen de nous tirer d’embarras ; je pris le
[parti de faire construire un large radeau; on
abattit des arbres, et leurs écorces nous ser-
¡virent à faire des cordages. Que de peines
■cette fatale opération nous causa ! I l fallut
[déchargerles voitures, les démonter et les
[émbârquer pièce à pièce. Toutes mes bêtes
¡traversèrent à la nage ; en plusieurs voya-
iges, mes effets , mon monde et moi , tout
¡gagna la r iv e opposée, sans le plus petit
■désordre et le moindre accident. Cette ten-
Itative, qui réussit à merveille, me rassura
[beaucoup sur les suites, et servit encore à
préchauffer mon courage. Mais l ’opération
tous avoit coûté trois jours entiers d’un
travail opiniâtre ; dès-lors, plus de chasse,
je donnai l ’exemple, et charpentai comme
le dernier de mes Hôttentots ; j’avois jugé
cette précaution de s’éloigner bien nécessaire
à notre salut commun ; car le rivage
que nous venions de quitter étoit si maigre
et si brûlé, qu’un plus Tbng séjour y auroit
fait périr d.e faim tous mes boeufs.