
au moindre choc ; ce qui ne rions auroit pas
sauvés de la chute, tant la route étoit escarpée
; mais ce- qui eût un peu diminué la rapidité
, et nous eût donné le temps de la diriger
de notice mieux pour éviter l’affreux
précipice.
La frayeur est une loupe qui grossit les
objets. Elle m’avôit annoncé quelque chose
de plus sinistre. J’essayerois en vain de peindre
ma contenance, et toutes les agitations
dé mon esprit dans ce moment terrible. Je
suivois involontairement tous les mouve-
mens du chariot, et semblois le redresser
par ceux de môn corps et les gestes de mes
bras. Chaque secousse retentissbit jusqu’au
fond de mon coeur. J’eusse été , nouvel Hip-
polyte, entraîné dans les précipices, que là
terreur n’eût pas plus profondément agite
mes sens. Je trouvois que nous nous tirions
d’affaire à bon marché. I l s’étoit effectivement
opéré un miracle en ma fa veu r, et je
sentis que le dieu au trident fatal ne me
poursuivoit pas. Non-seulement je ne vis au
chariot aucune fracture essentielle, mais il
n’y avoit, dans l’intérieur, aucun déplacement
considérable occasionné par les secousses;
mes boeufs, entraînés par le recul
d’une voiture de quatre à cinq mille pesant,
et qui auroient dû être hachés en morceaux
avant d’arriver au pied de la montagne, en
furent quittes pour quelques plaies peu dangereuses
qui ne les empêchèrent pas de con-
¡ tinuer leur travail. I l faut convenir qu’au
temps perdu près, le mal n’avoit pas été bien,
¡grand, quoique nous eussions eu lieu de
frémir pour les suites.
A mesure que je m’éloignois des colonies,
I et m’avançois dans les terres, tout prenoit,
à mes regards, une teinte nouvelle. Les
campagnes étoient plus magnifiques ; le sol
me sembloit plus fécond et plus riche ; la
nature plus majestueuse et plus fière : la
hauteur des monts o ffroit, de toutes parts,
des sites et des points de vue charmans que
jen’avois jamais rencontrés. Ce contraste ,
avec les terres arides et brûlées du Cap, me
faisoit croire que j’en étois a plus de mille
lieues. « Quoi ! me disois-je dans mon e x -
»tase, ces superbes contrées seront donc.
» éternellement habitées par les tigres et par
» les lions ! quel est le spéculateur insensé
»qui, dans la vue uniquement sordide d’un
» commerce d’entrepôt et de colportage, a
» pu donner la préférence à la haie orageuse