
manciers voyageurs, me sembloit si pur, si
simple et si touchant, mes conversations
particulières avec Haabas, avec Narina m’a-
yoient si vivement intéressé, que je mau-
dissois jusqu’aux rapides instans enlevés à
ces scènes animées , et regrettois de n’en pas
vo ir se prolonger le cours. »
A mon réveil j’allai visiter le camp de
mes Gonaquois; l ’aurore commençoit à
peine à briller; roulés en peloton sous leurs
kros (1), ils étoient tous plongés dans le plus
profond sommeil ; Narina étoit avec sa mère,
sur une natte que je leur avois fait donner
pour les garantir de l ’humidité. Les sept autres
femmes entassées les unes près des autres
formoient un groupe plaisant; on ne
yoyoit ni pieds ni têtes ; tout étoit caché
sous la couverture; je leur souhaitai le bonjour
par un coup de fusil lâché à leurs oreilles
; je vis aussi-tôt toutes ces têtes effrayées
sortir de dessous leurs kros et m’offrir le plus
(1) Manteaux de peaux de differens quadrupèdes
dont se servent gén^râTement tous les Hottentots, soit
pour se vêtir jle'jour, soit pour se couvrir pendant la
nuit. J’aurai occasion d’en parler plus amplement dans
la suite.
comique des tableaux ; cependant quelques-
uns des dormeurs ne se réveillèrent point; ce
qui ne doit pas surprendre, car le sommeil
pour les Hottentots est voisin de la léthargie.
Je les laissai reprendre à leur aise l ’usage
de leurs sens, et j’allai côtoyer la rivière
pour tirer quelques oiseaux avant que la
chaleur se fît sentir ; le nord qui dans ces
parages fait l’office du midi en France ,
nous'annonçoit une journée accablante; je
rentrai chez moi à dix heures avec quelques
oiseaux, entr’autres un gobe-mouche
roux à longue queue, que je regardois avec
raison comme une découverte heureuse : ce
charmant animal, dont la couleur dominante
est en effet le plus beau ro u x , a la tête ornée
d’une huppe d’un vert sombre quiparoît
noir, et porte deux très-longues plumes à la
queue ; ce qui lui donne un air de dignité
que sa femelle ne partage point avec lui ; encore
n’en jouit-il que dans la saison des
amours ; elle dure environ trois mois, passé
lequel temps ces deux plumes se détachent
d’elles-mêmes; rien alors ne le distingue de
sa femelle qu’une teinte un peu plus rem-*
b runie.