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air; il me sembloit énorme. Je commençai
d’abord par prendre en détail toutes ses dh1
mensions. Je l’exami u ois et le retournoia I
dans tous les sens. Je l’admirois avec orgueil,
C’étojt-là mon ppnp d’essai 3 et le tigre, par
hasard, se trouva de la forte taille. I l étoit
mâle : depuis l ’extrémité de la queue jusqu’à
la moustache j il portoit sept pieds deux
pouces sur une circonférence de deux pieds
dix pouces. Je lui reconnus tous les caractères
de la panthère,, si bien décrits pari
Buffon. Mais , dans toute la colonie, 011 ne le I
nomme pas autrement fine le tigre. Cet I
usage a prévalu , quoique dans tonte cette
partie de l ’Afrique on ne rencontre aucun
tigre proprement d it, et qu’il y ait une
grande différence entre l’un et l’autre de ces
animaux 3 les Hottentots l’appellent Garou-
gama > c’es t-à-dire Lion tacheté*
En général, dans les colonies du, Cap, on
redoufe. la panthère beaucoup plus. que le
lion. Celui-ci n’arrive jamais sans s’annoncer
par des rugisseinens affreny. J1 donne
lui-même le signal de la défense, comme s’il
montroit plus de conûance.daPS sa force, ou
qu’il mît plus de noblesse dans l ’attaque.
L ’autre, au contraire, unit la perfidie à fi
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férocité; il arrive toujours sans bruit, se
disse avec adresse, saisit l’avantage ; e t ,
sautant sur sa proie, l’enlève avant qu’on
se soit douté de son approche.
Je n’ai-pas manqué d’occasions par la
suite de voir beaucoup de ces animaux,
¡ainsi qu’une autre espèce appelée par les
[colons Luypar (c’est le léopard des Français
) ; une autre petite espèce encore qu’ils
; nomment Tyger-Kat ( Chat-Tigre ) , et qui
¡est l’osselot de Buffon : j ’en parlerai en diverses
rencontres.
Lorsque j’eus fini toutes mes remarques
sur ma panthère, et que j’en eus pris le dessin,'
nous nous mîmes en devoir de la désha-
\ biffer. Les poltrons se rapprochoient peu à
¡peu, en nous voyant opérer si tranquillement.
On se figure sans peine leur air honteux
et décontenancé. N ’avoient-ils pas à
rougir devant un étranger q u i, pour la première
fois , aux prises avec une bête féroce ,
avoit tenu ferme et montré plus d’intrépir
dité qu’eux tous, quoiqu’ils fussent nés et
élevés, pour ainsi parle r, au milieu des
monstres de l’Afrique ?
Lorsque j’eus fini de dépouiller ma proie,
mon Hottentot s’affubla de sa peau, je saluai