
stigmates bien sensibles et très-distinctes ; les
autres avoient les deux seins placés à l’ordinaire
sur la poitrine, de la même forme que
ceux des femmes, et d’une proportion telle
que plus d’une petite-maîtresse, que désole
un peu trop d’embonpoint, eût envié ce
charme à mes femelles d’éléphant.
Le petit mâle qu’avoit tué mon indiscret
Hottentot, ne montroit point encore de défenses
; en lui écartant les lèvres je ne vis à
l ’endroit où elles doivent pousser, qu’un
point blânc de la grosseur d’une chevrotine;
sa viande étoit fort délicate.
J’espérois découvrir un foetus dans l ’une
des femelles ; je m’étois trompé. Je trouvai
leur estomac rempli d’une eau très-limpide;
mes gens en burent ; j ’en voulus goûter aussi ;
mais elle me donna des nausées si désagréables
, qu’autant pour en faire passer le goût,
que pour me rafraîchir, je m’en allai boire
à une fontaine éloignée d’un quart de lieue
de l’endroit où nous étions.,
J’avois laissé mes gens occupés à dépecer
nos éléphans. Revenu de la fontaine au bout
d’une demi-heure, je trouvai bien extraordinaire
de n’en plus appercevoir un seul.
Que pouvoit-il être arrivé qui les eût forcés
s’abandonner l’ouvrage? Je ne pouvois con-
Lvoir la cause de cette désertion subite. Je
[B1e mis à crier de toutes mes forces,pour les
Lppeler, s’ils pouvoient m’entendre ; je fus
bien étonné, lorsqu’à ma v o ix je les vis sortir
tous quatre du corps des éléphans, dans
lesquels ils s’étoient introduit^ pour en détac
h e r les filets intérieurs, qui, après les pieds
k la trompe, sont les morceaux les plus dé-
üicats.
| J’avois dépêché mon cinquième Hottentot
au camp, pour dire à Swanepoel de m’envoyer
un attelage de boeufs et une chaîne.
Nous avions tranché les quatre têtes, quand
tout cela arriva. On commença par les enfiler
avec la chaîne ; mais ce ne fut pas une
{petite cérémonie de faire approcher les
boeufs, et de les atteler à ces têtes. Ils souf-
ifloient avec violence, écartoient les na-
jseaux;ils reculoient d’horreur. Cependant
¡nous parvînmes à les ramener par la ruse ;
et ils furent attelés aux quatre têtes. C’est
ainsi qu’ils les traînèrent jusqu’à ma tente,
à travers les sables, la poussière et les buissons,
imprégnés de leur sang; spectacle horrible
sans doute, mais nécessaire, le chemin
étant si difficile , que jamais un chariot ne