
letemps defaireaucunspréparatifs, ni même
de se bastinguer, on se figure aisément quelle
dé voit être la consternation de ces pauvres
gens. L ’épouvante, et sur-tout la confusion
étoient peintes sur tous les fronts. Les officiers
crioient à tue-tête lés soldats, toutes
recrues, qui n’avoient jamais chargé un
fusil , ne savoient auquel entendre, à quoi
répondre ; en un mot, à sept heures du soir,
nous n ’avions pas encore brûlé une amorce.
Le corsaire nous canonnoit sans relâche ; il
nous sommoit de nous rendre, nous menaçant
de nous couler àfond, si nousrésistions
plus long-temps. Notre capitaine, dans une
agitation convulsive, ne cessoit de lui crier
qu’il n’était', point maître de se rendre ainsi
à discrétion ; qu’il falloit, pour cela, s ’adresser
au Mercure , qui étoit son commandant
Le bon-homme avoit entièrement perdu la
tête, wà g 'pi
Enfin, comme par miracle, un petit vent
s’étant élevé, le Mercure s’approche et demande
à notre capitaine pourquoi on ne
tirait pas; il lni répond qu’i l avoit attendu
ses ordres, et que c’étoit au commandant à
donner le signal pour se battre ; excuso
taut-à-fait plaisante dans la bouche, d’un
marin attaqué par un petit bâtiment de seize
pièces de h u it, tandis qu’il en avoit trente-
deux d’un plus gros calibre, plusieurs pier-
riers, et trois cents hommes, outre 1 équipage*
, .
fp Le Mercure commençant a t ir e r , nous
commençâmes aussi à faire feu de tous
bords ; e t , quoique le Mercure se trouvât
entre l’Anglais et nous, n’importe, nous
tirions toujours. Nos gens, que ce désordre
favorisoit, s’étôient enivrés à qui mieux-
mieux; ils alloiept, couroient sans savoir
■ où, se hèurtoient, chanceloient, revenoient
sans savoir pourquoi ; on crioit, on pleuroit
d’un côté ; on ju ro it , on se cachoit d’un
autre ; le chapelain lui-même, sans doute
pour se donner du courage, n’avoit pas
craint de se livrer aux mêmes excès; je le
v is , une lanterne à la main, descendre à la
! Sainte-Barbe remplie de vingt-cinq milliers
• de poudre ^destinés pour Ceylan, et en râp-
i porter ; sans la moindre précaution, de quoi
; faire des cartouches; ca r il est à remarquer
qu’il n’y en avoit pas une seule de provi-
0 sion , et que, depuis le matin, on n’avoit pas
■ ! songé à en préparer.
Après a^voir abîmé toutes nos manoeu—