
serre, le caresse 5 il semble lui dire : « Tu me
dépendras », Les autres animaux domestiques
ne sont pas moins agités : tous se
lèvent; rien ne reste couché; les boeufs
poussent à d em i-vo ix des mugissemens
plaintifs ; les chevaux frappent la terre et
se retournent en tous sens ; les chèvres ont
leurs signes pour exprimer leur frayeur; les
moutons , tête baissée , se rassemblent et se
pressent les uns contre les autres ; ils n’offrent
plus qu une masse et demeurent dans
une immobilité totale. L ’homme seu l, fier
et confiant, saisit ses armes, palpite d’impatience,
et soupire après sa victime.
Dans ces occasions, l’épouvante de Keès
¿toit la plus marquée ; autant effrayé des
coups de fusil que nous tirions que de l’ap—
proche du lion , le moindre mouvement le
faisoit tressaillir ; il se plaignoit comme un
malade, et se trainoit a mes côtés , dans une
langueur mortelle. Mon coq me paroissoit
seulement étonné de toute cette agitation
convulsive de mon camp ; un simple éper-
y ie r l ’eût jeté dans la consternation. I l craignait
plus l ’odour d’une belette que tous les
lions réunis de l’Afrique : c’est ainsi que
chaque être a son ennemi qui le défie, et
celui-ci fléchit à son tour devant un plus
fort. L ’homme seul brave tout, si ce n’est
son semblable , son plus cruel ennemi.
On voit, à la vérité, des animaux d’une
même espèce se livrer entr’euxdes combats ;
mais 1 amour, la seule passion qui les désunisse,
les y force momentanément ; après
quoi tout rentre^dans l ’ordre. On remarque
chez les animaux domestiques des haines
plus suivies et plus durables. Est-ce l’effet de
l ’éducation ou de l’exemple?
Je reviens aux différences par lesquelles
le danger s’annonce ; on croira sans peine
qu aucun autre n’a été à portée d’en mieux
apprécier les détails ; et tous les livres et les
compilations, et toute l ’éloquence spéculative
, ne sauroient prévaloir contre des ob servations
pratiques tant de fois répétées
sur le grand theatre des déserts d’Afrique.
c’est une hiène qui parcourt le voisinage
du camp, le chien le plus hardi la poursuit
jusqu’à une certaine distance, et ne pa-
roît pas la craindre infiniment; les boeufs,
habitués au voyage et qui se sentent forts de
la présence de l ’homme, restent couchés
sans témoigner de crainte ; mais , s’il se
trouve dans le nombre quelques jeunes