
tinguâmes, à quatre ou cinq minutes d’iii-
tervalle, trois coups qui nous firent juger
qu’ils étoient peut-être adressés à des hippopotames
: un quart-d’heure après, nous entendîmes
encore trois autres coups 5 mais le
son ne nous parut pas venir de si loin que
les premiers : enfin , d’intervalles en intervalles,
toujours mêmes décharges , et toujours
plus rapprochées de nous ; ce qui nous
persuada que ces malheureux fuyoient la
poursuite de quelques bêtes féroces, J’allois
voler à leur rencontre- ils parurent, effarés
et tremblans. Ils n’avoient cependant rien
apperçu ; mais, à l’inquiétude des deux
chiens qu’ils avoient emmenés avec e u x , il
étoit trop clair que des lions marchandoient
leur v ie , et qu’ils avoienteu tout à craindre
dans leur chasse. Les chiens j comme on va
le v o ir , ne les avoient point trompés : j ’appris
d’eux encore qu’ils avoient ouï le grognement
de quelques hippopotames au-
dessus de l’endroit où ils s’étoient embusqués
; ce rapport fortifia mes espérances ;
mais nous avions grand besoin de repos; je
rentrai dans ma tente. Je n’étois pas encore
endormi à onze heures et demie ; tout-à-
coup le rugissement d’un liop., qui n’étoit
qu’à cinquante pas de nous , frappe mon
oreille ; il se faisoit entendre • dSfr’un autre liorf
qui paroissoit d’abord lui répondre de fort
loin; mais dans un quart-d’heure, celui-ci
le vint joindre, et tous deux se mirent à
rôder près du Camp ; nous, fîmes Une patrouille
si hardie et si prompte, et nous tirâmes
à-la-fois tant de coups de fu s il, que
nos décharges les intimidèrent et lès forcèrent
à gagner tout-à-fait lé large. Nous ne
doutâmes plus que ce ne fussent lës mêmes
qui avoient suivi nos chasseurs. Pour cette
fois, ils' devoient leur salut aux chiefis qu’ils
avoient emmenés. Avertis par eux du danger
qui les menaçoit, les coups de détresse
qui s’adressoient à nous avoient suffi pour
tenir l’ennemi en respect.
On ne sauroit exprimer à quel point les
chiens les plus hardis tremblent à l’approche
du lion.
Rien n’est si facile pendant la nuit que de
deviner à leur contenance quelle est l ’espèce
d’animal féroce qui se trouve dans le voisinage.
Si c’est un lion, le chien, sans bouger
de la place, commence à hurler tristement.
I l éprouve un mal-aise et la plus étrange
inquiétude ; il s’approcÎiè de l ’homme, le