
patience et de courage, un mouvement d’inquiétude
et de crainte nous tourmentoit également,
et personne ne jouit d’un sommeil
paisible. Au moindre souffle, au plus léger
bruissement d’une feuille , nous étions aux
écoutes, et bientôt sur nos gardes. La nuit
s écoula dans ces petites agitations ; dès la
pointe du jour, j ’excitai les dormeurs avec
mes cris : leur toilette ne fut pas longue; un
verre d’eau-de-vie leur rendit cette première
epreuve plus douce, et leur fit oublier mon
brusque reveil-matin. Nous reprîmes bientôt
la trace. Cette seconde journée s’écoula
tristement, et ne fut pas plus heureuse que
la première. Le soir , nous répétantes les
cérémonies de la veille, avec cette différence
que , plus enhardis peut-être , ou
meme plus confians, nous espérions qu’un
sommeil non interrompu nous reposeroit
un peu de nos fatigues, et servirent du moins
à nous rafraîchir. Mais nous fûmes troublés
par une alerte un peu vive. H ÿ avôitàpeine
une heure que mes Hottentots dormoient,
étendus auprès du notre fett , lorsqu’un
buffle, attiré par la lueur, s’approcha
tout près. Comme il craint l ’homme , i l ne
nous eut pas plutôt apperçus , qu e , saisi
¿»épouvante, il s#éloigne à Trustant. Le bruit
qu’il fait en reculant précipitamment dans
lés broussailles, et les déchirant pour nous
échapper, nous éveille. Je saute trop tard
sur mes armes ; H avoit disparu. Nous fîmes
la ronde pendant une heure,tirant des coups
de fusil au hasard, et nous revînmes près
du feu. Enfin le troisième jour se leva plus
orageux. Je raconterai cette histoire en détail;
car elle me revient souvent à l’esprit:
et maintenant que le feu de la jeunesse a fait
place à des projets moins téméraires, à des
idées plus- tranquilles, ce souvenir m’animé
et me fait frémir encore.
Nous ne perdions pas un séul moment de
vue la trace de nos animaux; après quelques
heures de fatigues et de marches pénibles au
milieu dés ronces , nous parvînmes à un endroit
du bois fort découvert. Dans un espace
assez étendu , il n’y avoit que quelques arbrisseaux
et du taillis. Nous arrêtons. Un
de mes Hottentots, qui étoit monté, sur un
arbre pour observer, après avoir jeté les
yeux de tons côtes, nous fait signe, en
Mettant un doigt sur la bouche, de rester
tranquilles ; il nous indique, avec la main
fiu’il ouvre et ferme plusieurs fois , le nom-'