
entreprise fut moins impraticable pour ma
caravane, que 11e l ’avoit autrefois été le
passage des Alpes à des armées innombrables
, et je me préparai, pour ainsi dire ,
au saut périlleux. Je pris soin de ne faire
descendre mes voitures que les unes après
les autres. Je voulus qu’elles 11e fussent
attelées que de deux boeufs. Je fis avancer la
première en bon ordre3 tout mon monde
l ’escortoit. I l nous fallut passer tantôt sur
des pointes de rochers entièrement isolés ,
q u i, faisant autant de degrés escarpés, don-
noient à ce chariot des saccades à le rompre
tout-à-fait; mais ce n’étoit point là ce qui
nous paroissoit le plus dangereux: au moyen
des cordes que nous avions attachées aux
roues, nous les soulevions ou les laissions
rouler au besoin. C’étoient les places unies
et les, pentes glissantes qui nous faisoient
frémir 3 à chaque instant, j«e voyois dériver
la voiture et les boeufs jusqu’aux bords des
précipices. Nous marchions sur les côtés
opposés aux pentes, en pesant avec force
sur les cordages attachés, au chariot. Nous
dûmes à notre adresse un entier succès. Nous
remontâmes pour chercher lesi deux autres
voitures ;, et, après beaucoup de temps, tout©
îa caravane arriva heureusement au pied
de la montagne. I l me sembloit que la nature
m’eût opposé cette barrière comme un
obstacle qui m’interdisoit l ’entrée de ce nom
veau pays, et que ce fût là qu’elle eût caché
son plus beau trésor : j’en étois d’autant plus
irrité ; je savois que cette route d’Auteni-
quois à l ’Ange-Kloof passoit pour impraticable
chez les naturels du pays, et que personne
, avant moi, ne s’y étoit hasardé avec
j des voitures ; il n’en falloit pas davantage à
Famour-propre ; j ’eus le bonheur de franchir
ces rochers; mais , comme si la punition
avoit dû suivre de près üne aussi téméraire
tentative, je me trouvai dans le plus
noir et le plus affreux des déserts.
Ce n’étoit plus ce délicieux et fertile pays
d’Autehiquois ; la montagne que nous venions
de traverser,, disons mieux, dont nous
venions de nous précipiter, nous en sépa-
roit à jamais. Elle ne pouvoit plus nous offrir
cë'S forêts majestueuses que nous avions
si long-temps admirées ; tout le revers de sa
chaîne étoit hideux, pelé, sans aucun arbre,
sans aucune apparence de verdure.
Une autre chaîne parallèle à celle-ci semblait
porter à regrét quelques plants chétifs et con