
I l ne faut pas confondre cette espèce avec
l ’oiseau du même genre décrit par Buffon et
Brisson, sous le nom degobe-mouche huppé
et à longue queue du Cap de Bonne-Espérance
; il est! faux que cet oiseau se trouve
au Cap. I l appartient aux Indes, et notamment
à l’île de Ceylan. I l diffère beaucoup
du mien. Les caractères qui les distinguent
seront rapportés dans mon Ornithologie. Je
puis seulement assurer d’avance que les
deux gobe-mouches décrits sous ce nom,
dont l’un estpresque blanc et l’autre roux, et
qu’on donne comme deux espèces différentes,
n ’en font absolument qu’une seule, et que
cette variété dans les couleurs provient de la
différence dés saisons : on peut s’en convaincre
en examinant l ’un de ces individus dans
mon cabinet, qui, tenant encore des deux
états, montre clairement le passage success
if du blanc au roux.
L ’espèce de celui que je venois de tirer
n’éprouve jamais ce changement; ce caractère
seul suffit pour ne pas le confondre,
comme on l ’a fait, et pour en faire une nouvelle
espèce.
Après avoir déposé ma chasse dans ma
tente, je retournai au camp de mes hôtes;
je n’y trouvai que les hommes; toutes les
femmes avoient disparu ; on m’apprit qu’elles
venoient de partir pour se baigner. Curieux
de voir cette cérémonie, je gagnai la rivière;
je ne perdis pas beaucoup de temps à les
chercher ; leurs vo ix et leurs éclats de rire
m eurent bientôt mis sur la piste; je me glissai
doucement entre les arbres et les broussailles,
et j ’arrivai tout près du bord sa^s
être apperçu; elles nageoient toutes, fe u trant
au milieu des eaux, et plongeant avec
üne adresse merveilleuse.
Lorsque j ’eus examiné mes baignéuses à
loisir, un coup de fusil que je tirai en me
présentant à elles fit cesser leurs jeux. Toutes
en même temps s’enfoncèrent dans l ’eau,
et ne montroient plus que le bout du nez; je
m’etois assis sur leurs habillemens entassés ;
je prenois plaisir à les persiffler, et leur fai-
sois voir l’un après l ’autre leurs petits tabliers
, en les invitant à venir les chercher;
la mère de Narina rioit aux éclats de l ’embarras
de ses compagnes ainsi prises au dépourvu.
Elle étoit sortie de l’eau plutôt que
les autres, et se reposoit sous un arbre en
les attendant : elles me supplièrent longtemps
de m’éloigner; ce fut en vain. I l ne