
pos que mes gens q u i, ne s’étant pas laissé
emporter aussi lo in , avoient d’autant plus
d’avance pour échapper à la trompe vengeresse,
et se tirer d’affaire. Je fuyois; mais1
l ’éléphant gagnoit à chaque instant sur moi
Plus mort que v i f , abandonné de tons les
miens ( un seul accouroit dans ce moment
pour me défendre ) , il ne me reste que le
parti de me coucher, et de me biotir contre
un gros tronc d’arbre renversé ; j ’y étais à
peine que l’animal arrive , franchit l’obstacle
; e t , tout effrayé lui-même du bruit de
mes gens qu’il entendoit devant lu i , il s’arrête
pour écouter. De la place où je m’étois j
caché, j’aurois bien pu le tirer; mon fusil
heureusement se trou voit chargé; mais la
bête avoit reçu inutilement tant d’atteintes,
elle se présentait à moi si défavorablement,
que, désespérant de l’abattre d’un seul coup,
je restai immobile, en attendant mon sort
Je l ’observois cependant, résolu de lui ven-:
dre chèrement ma v i e ,.si je la voyois re-j
venir à moi. Mes gens, inquiets de leur
maître, m’appeloient de tous côtés. Je me
gardois bien de répondre. Convaincus, par
mon silence, qu’ils avoient perdu leur chef,
ils redoublent leurs cris, et reviennent en
désespérés. L ’éléphant effrayé rebrousse
aussi-tôt, et saute une seconde fois le tronc
d’arbre, à six pas au-dessous de mo i, sans
m’avoir apperçu ; c’est alors que me remettant
en pied, à mon tour échauffé d’impatience
, et voulant donner à mes Hottentots
quelque signe de v ie , je lui envoie mon
coup de fusil dans la culotte. I l disparut entièrement
à mes regards, laissant par-tout,
; sur son passage, des traces certaines du cruel
[état où nous l ’avions mis.
Ce tableau n’est point achevé. La recon-
noissance et l’amitié réclament un dernier
trait Coeur sensible, brave homme ! l’heure
est venue de t’élever ce simple monument
¡que je t’avois promis; tu ne comprendras
jamais à quel point il m’est cher ! Puisse-t-il
¡répandre que]qu’honneur sur mes voyages,
I et même en décorer l’histoire. Elle ne parviendra
pas jusqu’à toi dans le fond de ton
¡désert paisible; mais tu sentis mes larmes,
mais tes bras fraternels ont pressé mon
coeur; soit que tu meures, soit que tu v ives,
je le sens.... mon souvenir durera plus longtemps
et plus glorieusement chez tes hordes
sauvages, que par les vains trophées de la
vanité des hommes : j ’en, suis peu digne; je
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