
perdre de vue mon camp, et m’étois laisse
entraîner un peu loin. Tous ces jeux et les
espiègleries de ma jeune compagne parvinrent
enfin à m’égarer, et ne cessèrent , que
lorsqu’elle m’eut donné tout naturellement
une bonne leçon et la meilleure réponse au
tour si plaisant que je venois de lui jouer il
n ’y avoit qu’un moment aux bords de la rivière.
Nous venions de rejoindre son cours
qui me reconduisoit infailliblement à mon
camp ; un héron que je venois de tirer, s’étoit
abattu sur les bords de la rivière; entraîné
par le courant, il gagnoit le milieu et alloit
m’échapper; j ’en eusse été d’autant plus désolé,
qu’ un de ses pareils que j ’avois eu
beaucoup de peine à me procurer, avoit été
un jour par la négligence d’un de mes gens
cruellement endommagé dans ma tente. Déjà
j ’étois à mi-corps dans la rivière; mais embarrassé
dans les herbes qui croissent sur les
bords, et n’ayant pas encore oublié l’accident
du Queur-Boom, je répugnois à mé laisser
entraîner plus avant; Narina qui s’ap-
perçut de mon embarras, et me voyoit m’y
prendre assez gauchement pour courir après
mon oiseau, s’étonna que je craignisse si
fort de me mettre au large ; en un clin-d’oeil
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felle s’élance à la nage; je rejoins la terre que
je venois de quitter; mais la cruelle tenant
mon oiseau à la main, m’appelle et m’invite
a le venir chercher; après cent débats et les
plus'vives instances, loin de le rendré à mes
désirs , elle gagne comme un trait l ’autre
bord, et de là me nargue à son aise et se rit
de ma poltronnerie. J’ai dit quelque part que
je ne sais point nager; s’il fut des circonstances
où je dusse m’en plaindre, sans contredit
, il ne pouvoit s’en rencontrer de plu»
mortifiante et qui dût in’exciter davantage
à réparer cette négligence inexcusable de
l ’éducation. Lorsque je vis que je ne pou—
vois rien obtenir de ma belle étourdie, je
pris le parti de m’asseoir sur les bords de la
rivière et de l’attendre patiemment; elle fut
bientôt lasse elle-même ; elle se remit à la
nage et re v in t, non sans quelques plongeons
, rejoindre le bord où j ’étois; rien ne
l ’effrayoit de ma part; pendant sa traversée
je l’avois plusieurs fois couchée en joue; elle
n’en étoit que, plus folle et plus entêtée à me
refuser mon héron; nous reprîmes enfin
tous les depx pi us paisiblement notre route
jusqu’à ma tente.
Les autres Gonaquoises que nous avions