
la chaîne de montagnes et la mer, j’allai re-
connoître les lieux ; je cherchois et ne pou-
vois trouver, nulle part, un endroit par où
mes chariots pussent passer librement | les
forêts étoient d’une étendue et d’une épaisseur
qui ne permettoient pas de s’y enfoncer
; de leur côté, mes Hottentots ri’étoiént
pas plus heureux que moi dans leurs recherches.
Nous ne trouvions absolument i
aucune issue. Je me décidai donc à traverser
la chaîne des montagnes ; encore pour s’engager,
falloit-il y trouver le commencement
d’un passage, et le moyen pour ces malheureux
boeufs d’y tenir pied. J’eus beau courir,
arpenter, divaguer sans cesse , toujours de
quelque côté que je me retournasse, des
rochers à pic frappoient mes regards. Nous
nous étions, sans le savoir, engorgés dans
une espèce de cul-de-sac dont on ne pouvoit
se tirer qu’en revenant sur ses pas. C’est le
parti que nous fûmes obligés de prendre, et
nous nous retrouvâmes au bois dur Poort,
d’où j’étois parti un mois auparavant.
I l faut souvent peu de chose pour rendre
le calme à notre ame, Telle est l’heureuse
instabilité de l’esprit humain ! Cette terre
que je revoyois avec le plus amer regret, et
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qui me semblait âpre et si triste, prit tout-à-
coup nue face nouvelle et riante. Je v is ,
sous mes pas, des traces d’une troupe d’élé-
plians qui- devoient avoir passé le jour
inême ; il n’en fallut pas davantage pour dissiper
mes chagrins et me consoler du retard
que j’éprouvois dans ma' route. Nous plantâmes
donc le piquet à cet endroit même.
Dans le nombre de mes Hottentots, j ’en
avois un qui, dans sa jeunesse, avoit voyagé
jusques-là, avec sa horde et sa famille qui
n’en étoit pas éloignée jadis.
Ilenavoit encore une connoissançe superficielle
; je le choisis avec quatre autres bons
tireurs; et, après avoir mis ordre à mon
camp, nous partîmes tous six munis de quelques
provisions, et suivîmes les traces que
nous ne perdîmes pas un seul instant de vue.
Elles nous conduisirent à la nuit, sans que
jusques-là nous eussions rien vu autre chose.
Nous soupâmes gaîment, nous invitant les
uns les autres à ne pas trop regretter les douceurs
du camp ; et, après avoir fait un grand
feu, nous nous couchâmes autour, sur la
terre refroidie et dure.
Quoique chacun de nous eut affecté d’inspirer
à ses compagnons des sentimens de