
1 humeur vive et remuante des bâtards des
blancs et des Hottentots; je voyois pour la
première fois celui-ci, de quoi pouvoit-il
etre capable? je l ’ignorois ; l ’appât d’un
verre d’eau-de-vie venoit d’en faire un traître,
il étoit ami des Caifres, il avoit passé une
partie de ses jours avec eux, il sortoit alors
d une retraite suspecte à mes regards , et
n’étoit là peut-être que pour observer les
mouvemens des colons , et les trahir eux-
memes. N ’étoit-il pas possible qu’il eût aussi
1 intention de me sacrifier, afin de partager
mes dépouilles avec les Caifres, et de se faire
auprès d’eux un mérite de m’avoir fait tomber
dans le piège ?
Après avoir pesé long-temps sur ces réflexions,
agité par mille idées contraires, et
hors d’état de prendre un parti pour moi-
meme, je m’arrêtai tout d’un coup à un plan
plus facile et plus sage. Je me ménageois par
ce moyen un peu de temps, pour me livrer
à de nouvelles réflexions, et m’éclaircir davantage
sans compromettre et ma fortune
et ma personne. J’imaginai de faire une députation
au roi Faroo, et sur la première
ouverture que j ’en fis à Hans, il accepta la
commission sans balancer ; quoique cette
conduite me parût d’un assez bon augure,
j’étois bien résolu cependant de prendre mes
sûretés; ce jeune métis mé promit d’engager
deux ou trois de ses amis à faire le Voyage
avec lui; je lui donnai deux de mes plus fidèles
Hottentots, Adam et Slenger ; ils devoient
rendre compte à ce roi de tout ce que j’avois
fait depuis onze mois que j ’avois quitté
le Cap, afin qu’il fût en état de juger que la
curiosité seule me conduisoit dans ses états ;
je chargeai mes messagers de lui dire que,
né dans un autre monde, étranger sür-tout
dans les lieux où je me trouvois actuellement,
je n’étois, en aucune façon, ni l’ami
ni le complice des colons qui lui faisoient la
guerre; que je ne vivois pas même avec eux;
que je désapprouvois hautement leur conduite,
qu’en un mot, il pouvoit être assuré
qu’aussi long-temps que je resterois dans son
pays, il n’auroit nul sujet de s’inquiéter dè
mes mouvemens et de mes démarches, puisqu’ils
ne tendoient qu’à un but unique et
bien innocent; celui de me procurer les objets
relatifs à mes goûts, ainsi qu’à mes études,
et que loin d’apporter/le ravage et la
crainte dans ses possessions, j’y saisiroisau
contraire toutes les occasions d’être utile à