
terre n a ta le , le Français se déplaçoit
ave c pe in e , regardoit une absence d’un
mois comme une espèce de dévouement;
il se contentoit d’attendre , et recevoit
avidement les contes ridicules de quelques
charlatans téméraires sur les p a y s
lointains ; il s’amusoit des récits de leurs
découvertes merveilleuses et de leurs
aventures incroyables ; l ’exagêrateur
écrivain m a rch an d o it, si je puis p a r le r
a in s i, avec la crédulité p u b liq u e , et se
trouvoit trop pa y é de ne vo ir rabattre
que la moitié de l ’enflure et du merveilleu
x de son livre. L e s sciences croupis-
soient dans les ténèbres de l ’incertitude,
et l ’histoire naturelle n ’étoit pas même
encore à son enfance.
P eu à peu le génie des découvertes a
déployé ses a iles; les arts et les lettres
ont cédé la place aux sciences ; la passion
des v o y a g e s s’est éveillée ; ce désir
toujoura*plus insatiable de connoître et
de comparer s’est agrandi en proportion
des miracles qu’il a produits ; on n’a plus
connu de bornes à mesure que les dangers
se sont applanis ; et ce qui parois-
soit autrefois un obstacle insurmontable
n ’est aujourd’hui qu’une excuse p u é r ile ,
un moyen honteux de cacher sa foiblesse
et son inertie.
Plus qu’aucun a u t r e , élevé dans des
principes tout - à - fait contraires , j ’ai
nourri dans mon coeur le goût le plus
ardent pour les vo y a g e s ; e t , quoi que
j ’aie fait depuis pour l ’é tou fle r , ce n’est
qu’ en cédant âme s transportsque je suis
parvenu à en modérer ln violence.
J ’ai traversé les mers ; j ’ai voulu voir
d’autres hommes, d’autres productions,
d’autres climats ;je me. suis enfoncé dans