
de sel, et exposés ensuite à l’air et au soleil.
Les buissons, les branches, les chariots,
tout ce qui nous environnoit, fut chargé des
débris sanglans de nos buffles; mais, tout-
à-coup , au milieu de notre opération, et sans
nous y être attendus, nous nous vîmes assaillis
par des volées de milans, de vautours,
de toutes sortes d’oiseaux de proie, qui vin- j
rent impunément se mêler parmi nous. Les I
milans, sur-tout, étoient les plus effrontés, j
Ils arrachoient les morceaux, et les dispu- j
toient avec acharnement à mes gens ; emportant
chacun une pièce assez forte, ils s’en j
alloient, à dix pas de nous, sur une branche,
la dévorer à nos yeux. Les coups de
fusil ne les épouvantoient guère; ils rcve-
noient sans cesse à la charge ; de telle sorte
q u e , m’appercevaut que je brulois ma poudre
fort inutilement, nous prîmes le parti
de les écarter-, et de lés chasser avec de
grandes gaules jusqu’à ce que notre viande
fût séchée (1). Cette manoeuvre, qui impatienta
mon monde fort long-temps, 11’eiü-
(G 'J'ai déérit cétte espèce de mijan, dans mon
Histoirenatiirelle des Oiseaux d’Affique-, sôüs le nom
de Parasite. ( Voyez la Planche coloriée n°. 22. )
pécha point que nous ne fussions encore
bien maraudés ; mais /sans elle, il ne nous
seroit absolument rien resté de nos deux
buffles.
J’en avois fait fumer les langues. Dans la
¡suite, je n’ai jamais oublié de prendre cette
précaution, à l ’égard de celles de tous les
animaux que j’ai tués ; c’étoit une douceur,
une petite ressource pour moi dans la disette
, ou même lorsque, par sensualité et
pour réveiller mon appétit, j’en faisois ajouter
un plat à mon mince ordinaire. I l n ’y a
[que les langues d’éléphant que je n’ai jamais
Voulu conserver; leur goût, leur forme
[même, m’a toujours causé une répugnance
[dont je ne suis pas le maître, et dont il me
[seroit difficile de donner Ja*raison.
I Nos provisions achevées et bien embal-
Bées, nous abandonnâmes la rivière Noire:
[et, après avoir traversé le Goucoîti à deux
[lieues de là , nous gagnâmes deux lieues encore
plus loin la Nysena (Neissena). Celle-ci
[étoit considérable, et la marée l’en finit en-
pore. Je n’avois jusques-là trouvé nulle part
pu endroit , plus agréable pour asseoir un
pamp. C’étoit une prairie très-riante, d’en-
piron mille pas en quarré ; une forêt de