
tières ; un seul, plus gros et plus fort que les
autres, auroit dû se prêter à son petit manège
, mais le drôle s avoit à merveille esquiver
la corvée. Du moment qu’il sentoit
keès sur ses épaules, il restait immobile,
laissoit défiler la caravane sans bouger de
la place : le craintif keès s’obstinoit de sou
côté ; mais si-tôt qu’il commençoit à nous
perdre de v u e , il falloit bien se résoudre à
mettre pied à terre ; alors le singe et le chien
eouroient à toutes jambes pour nous rattraper.
Le chien le laissoit adroitement passer
devant lui, et l’observoit attentivement, de
peur qu’il ne le surprît. Au reste, il avoit
pris sur toute ma meute un ascendant qu’il
devoit peut-être à la supériorité de son instinct;
car, parmi les animaux comme parmi
les hommes, l’adresse en impose trop souvent
à la force. Mon keès ne pou voit.souffrir
les convives ; lorsqu’il mangeoit, si l’un
de mes chiens l ’approehoit de trop près | il
le régaloit d’un soufflet , auquel le poltron
ne répondoit qu’en s’éloignant au plus vite,
Une singularité que je n ’ai pu jamais concevoir
, c’est qu’après le serpent, l ’animal
qu’il craignoit le plus étoit son semblable ?
soit qu’il sentît que son état privé l’eût déI
pouifié d’une grande partie de ses facultés,
I et que la peur s’emparât de ses sens, soit
I qu’il fût jaloux et qu’il redoutât toute con-
I currence à mon amitié. I l m’eût été très-
I facile d’en prendre de sauvages et de les
I apprivoiser, mais je n’y songeois pas. J’avois
I donné à keès une place dans mon coeur que
I nul autre ne devoit occuper après lu i, et je
I lui témoignois assez jusqu’à quel point il
I devoit compter sur ma constance. Il enten-
I doit quelquefois ses pareils crier dans les
I montagnes. Je ne sais pourquoi, avec toutes
K ses terreurs, il s’avisoit de leur répondre *
I ils approchoient à sa v o ix , et si-tôt qu’il en
I appercevoit u n , fuyant alors avec des cris
I horribles, il venoit se fourrer entre nos
I jambes, imploroit la protection de tout le
I monde , et trembloit de tous ses membres.
B On avoit beaucoup de peine à le calmer; il
I reprenoitpeu à peu sa tranquillité naturelle.
I II etoit sujet au larcin. C’est un défaut com-
I mun à presque tous les animaux domesti-
I ques ; mais il se déguisoit chez keès .en un
| talent dont j’admirois moi-même tous les
ressorts ingénieux. Quoi qu’il en soit, les
I corrections que lui administroient mes gens,
I qui prenoient avec lui la chose au sérieux,