
vents je m’approchois des climats glacés du
n o rd , une tristesse profonde flétrissoit mon
ame, et venoit dissiper les prestiges de
l ’avenir.
Après une traversée cruelle et dangereuse,
nous jetâmes l ’ancre au Texel, à neuf ou dix
heur du matin, le 12 juillet suivant.
Nous étions donc enfin en Europe. Tout
çe que je voyois étoit si nouveau pour moi,
je montrois tant d’impatience, je fatiguois les
gens de tant de questions, chaque objet qui
s’offroit à ma vue me paroissoit si extraordinaire
, que j.’étois mo i- même un objet
d etonnement aux yeux de cpux qui m’en-
touroient. Cependant mes importunités ne
mettoientpas toujours les rieurscontre moi,
et je payois bien amplement en remarques
piquantes sur l ’Amérique les instructions
qu’on avoit la complaisance de me donner
sur l ’Europe,
Après avoir passé quelque temps en Hollande
, nous nous rendîmes en France dans
la ville où mon père est né, et l’on me fixa
dans le sein de sa famille : c’est-là que je
donnai une nouvelle carrière à mes goûts,
dans le cabinet de M. Bécceur. I l offroit,
pour l'ornithologie d’Europe, la collection
la plus nombreuse et la mieux conserver
que j’aie jamais rencontrée,
i A Surinam, je m’etois fait une maniéré
de déshabiller les oiseaux qui me reussissoit
assez bien, mais qui parloit fort peu à 1 imagination,
encore moins aux yeux. Je ne
connoissois d’autre méthode que d’en déposer
les peaux à plat dans de grands liv re s ,
pour les conserver : ic i, un autre spectacle
éveilloit tous mes sens j il fa llo it, outre le
mérite de la conservation , leur restituer
leurs formes : ces deux points essentiels
m’embarrassoient ; je résolus de m’en faire
une étude particulière, et je m?y livrai tout
entier : j’étois chasseur déterminé. Pendant
.un séjour de deux ans en Allemagne, un
autre de sept en Lorraine et en Alsace, je fis
un dégât d’oiseaux incroyable ; je voulois
aussi joindre la connoissance approfondi^