
première fois dans cette capitale, mon tribut
d’admiration aux cabinets des curieux
et des savans. J’étois ébloui, enchanté de la
beauté, de la variété des formes, de la richesse
des couleurs, de la quantité prodigieuse
des individus de toute espèce q u i,
comme une contribution forcée, viennent
des quatre parties du monde se classer méthodiquement,
autant que cela se peut faire,
dans un espace malheureusement toujours
trop limité. En trois années de séjour, je
v is , j’étudiai, je connus tous les cabinets
importans, mais, le dirai-je, ces superbes
étalages me donnèrent bientôt un mal aise,
ils laissèrent dans mon ame un vide que
rien ne pouvoit remplir ; je ne vis plus dans
cet amas de dépouilles étrangères, qu’un
dépôt général où les diiférens êtres rangés,
sans goût et sans choix, dormoient profondément
pour la science. Les moeurs, les affections
, les habitudes, rien ne me donnoit
des indications précises sur ces choses essentielles..
C’étoit l ’étude qui y dans mapremière
jeunesse, m’avoit le plus intéressé; je
connoissois, ü est v ra i, divers ouvrages
d’Histoire Naturelle, mais remplis de contradictions
si rebutantes, que le goût qui
n’est pas encore formé ne peut que beaucoup
¡perdre à les lire : j’avois sur-tout dévoré les
chef-d’oeuvres immortels consacrés à la
postérité par un des plus grands génies; je
br ulois tous les jours un nouvel encens aux
pieds de sa statue, mais son éloquence magique
ne m’avoit pas séduit au point d’ad-
mirer jusqu’aux écarts de son imagination ,
et je ne pouvois pardonner au philosophe
les exagérations du poète.
D ’ailleurs, et par-dessus tou t, je songeois
continuellement aux parties du globe qui ,
n’ayant point encore été fouillées, pourvoient,
en donnant'de nouvelles connois-
sances , rectifier les anciennes; je regardois
|comme Souverainement heureux le mortel
‘ qui auroit le courage de les aller chercher à
leur source : l’intérieur de l ’A friqu e , pour
cela seul, meparoissoit un Pérou, Ç’étoit la