
mes fiers chasseurs et nous retournâmes au
gîte.
Nous marchions èn triomphe, escortés
par plusieurs chiens dont les maîtres s’étoient
éclipsés les premiers. Ils ne nous appro-
choient que de sorte. La peau du tigre les
tenoit en respect ; et, lorsque, pour les
effrayer davantage, mon Hottentot se u
tournoit, faisant un mouvement vers eux ,
c’étoit à qui détaler oit le plus v îte , comme si
le tigre vivant eût été à leurs trousses ; ce
qui nous divertissoit beaucoup.
Les détails de cette expédition ne tardèrent
point à se répandre. On disoit partout
dans le pays que j ’étois un brave ; ceux
mêmes qui m’avoient si bien secondé com-
mençoient à le croire.
Je reçus encore une supplique de la part
d’un colon que je ne connoissois pas, et qui
vivoit à quatre lieues de nous; il moprioit
d’aider ses fils à le débarrasser d’une autre
panthère qui ravageoit son quartier. f.
Ce que je venois d’éprouver dans une première
tentative ne m’engagepit guère à en
former une seconde. Je m’en défendis, bien
résolu de ne pas m’exposer davantage au
danger de devenir la victime d’une aussi
lâche désertion. « A lle z , répondis-je à l’en-
[ » voyé ; dites à votre maître que je ne suis
; » pas venu dans ces contrées pour y détruire
[ » la race des tigres ; je serois trop mal payé
»de ce service, puisqu’il n’auroitété utile
» qu’à des poltrons : si le hasard m’expose à
I» de pareilles rencontres , je saurai bien
[ » combattre seul. Je ne veu x point de vos
i» secours, et ne prêterai les miens à per-
|» sonne». C’est ainsi que le succès avoit en-
[ fié mort orgueil ; je me croyois tout aü moins
¡un Thésée.
• Je confondois mal-à-propos des colons que
[je ne connoissois point, avec ceux dont j’avois
à me plaindre. L ’invitation me venoit de
[Louis Karste. Dans la suite, j ’ai trouvé l ’oc-
[casion défaire connoissance avec lui. Je me
suis repenti de-ma prévention à l’égard de
¡ses enfans. Ils m’ont fait éprouver qu’ils
étoient incapables de lâcher prise dans un
moment critique, et j’ai vu des effets de leur
[courage.
Le temps que je m’étois limité moi-même
en quittant M. Boers étoit presque écoulé ;
la saison favorable pour mon voyage dans.
l’intérieur du pays s’avançoit de plus en
plus. J’ayois de grands préparatifs à fa ire ,