
des secours. Mais il avoit entraîné ses camarades
, et dès-lors aucun d’eux ne montra
le moindre penchant a me seconder. N ’ayant
plus à compter sur des profits, il ne falloit
plus compter sur leur assistance.
J aurois vainement tenté plus long-temps
de les ébranler; je me répandis en imprécations.
Je les menaçai de toute l ’animad-
version du gouvernement ; je leur souhaitai
des nuées de Caffres autour de leur habitation;
et, dans la crainte que leur exemple
n influât jusque sur les miens, parmi lesquels
j ’en trouvois quelques-uns qu’un peu
d’obéissance et d’amitié attachoit encore à
ma personne, je m’éloignai sur-le-champ,
et me remis en route.
J avois remarqué qu’ils étoient renforcés
par une troupe assez nombreuse de métis
Hottentats ; cette première espèce est courageuse
, entreprenante, tient plus du blanc
que du Hottentot, qu’il regarde au-dessous
de lui ; ils avoient toujours été les premiers
ù marcher contre les Caffres, et s’étoient
signalés dans toutes les rencontres. Cela me
fit naître l’idée de laisser en arrière trois de
mes gens, avec ordre de se faufiler parmi
eux j et de faire en sorte d’en engager quel—
ques-uns à me suivre, sur-tout ceux qui
connoissoient le pays et la langue des Caffres.
Je les instruisis comme il faut, avant
de les laisser partir; et voulant me rendre
au-delà de la rivière Klein-Vis (ou petite
rivière des Poissons), je la leur assignai
pour rendez — vous. ' J’y arrivai, en trois
heures de temps, par de très-mauvais chemins,
et je fis halte après l’avoir traversée. I l
fallut y coucher pour attendre le retour de
mes gens, et des nouvelles du succès de leur
négociation; j’avois vu quelques empreintes
de lions ; je me précautionnai contré les surprises
de ces animaux autant que contre
celles des Caffres. Je n’aurois pas eu beaucoup
d’inquiétude sur le compte de ces derniers,
s’il m’eût été possible de trouver un
moyen de leur faire savoir que je n’étois ni
de la nation, ni de l’a v is , ni du nombre de
leurs persécuteurs ; mais ils pouvoient tomber
à l’improviste sur mon camp, et y causer
bien du dommage,avant que nous nous fussions
expliqués. Cette considération m’engagea
à choisir,pour cette fois, contre ma
coutume ordinaire, une élévation dont la
vue s’étendît un peu loin. J’y fis dresser ma
tente, ranger mes chariots et toutes mes