
vres, et nous avoir criblés de toutes parts , j
le corsaire nous abandonna à onze heures
du soir. Il etoit fort lo in , que nous tirions
toujours. Quel beau moment pour les poltrons
! Comme ils se démenoient alors, et i
parcouroicnl le pont d’un pas ferme, haussant
la vo ix , et provoquant l’ennemi qu’ils
n entendoient plus ! Pourtant .011 le crai-
guoit encore; personne n’osa se coucher. Je
passai, comme les autres, toute la nuit au
bel air, etendu sur un sac au milieu des
fusils ranges ; mais, à lousynomens, réveillé
par les alertes très-vives de ceux qui fai-
soient la garde, et que le bruit des.carions
anglais poursuivoit sans cesse. On peut se
faire nue idée du désordre qui avoit régné
dans cette bagarre : le lendemain , lorsqu’on
flamba les pièces, on trouva des canons
remplis ju s q u à la bouche, et qui, conte—
noient jusqu a trois charges; de poudre , alternativement
entassees l ’une -sur l ’autre,
avec autant de boulets. Plusieurs, fusils
avoient etc charges les balles les premières 7
je suis bien persuadé que, sans le Mercure,
nous eussions été pris ; heureusement nous
en fumes quittes pour la peur. .11 n’y avoit
effectivement que ce fantôme capable de
EN A F R I QUE . 11
constemerdes officiers, aupointde se laisser
canonner pendant quatre heures, sans oser
riposter par un seul coup. L ’Anglais croyoït
certainement que nous n ’avions point de canons
, ou que ceux qu’il voyoit étaient de
bois ; la moindre résistance, de notre p a rt,
lui eût fait aussi-tôt lâcher prise , et sans
doute i î se seroit retiré plus vite qu’il n’étoit
venu.
Je n’achèverai point ce tableau, vraiment
digne des crayons plaisans de Calot, sans
rapporter un dernier trait qui rappelle le
rire sur pies lèvres au moment où j ’écris.
J’errois çà et là de la dunette au pont et du
pont à la chambre (car, n’ayant point de
commission sur le navire, je n’avois aucun
ordre à donner n i à recevoir), j’apperçus le
gardien des papiers de la compagnie fidèlement
assis auprès de la boîte mystérieuse,
et tout prêt à la lancer par la fençtre, a,u
moindre signal d’un péril imminent. Cekiir-
là du moins, était à son poste mais, le devoir
l’y fixoit beancoup moi11® que la terreur : elle
§’étoit emparée de tous ses, sens. <c Vaiffami,
» s’écris.--t-ii: Vaillant, g? fait: fle WiW'.
» Eh! mon ami, nous sommes perdus., nous
» sommes perdus »! Je faisois mes. efforts