
demi-heure; ils étoient occupés à manger
les extrémités des buissons. Avant de les
prendre,ils les frappoient de trois ou quatre
coups détrompé; c’étoit, je crois, pour en
faire tomber les fourmis ou d’autres insectes.
Après ce préliminaire, ils formoient toujours
, avec la trompe, un faisceau de toutes
les branches qu’elle pouvoit entourer, et le j
portant à la bouche, toujours de gauche à
droite, sans le broyer beaucoup, ils l’ava-
loient. Je remarquai qu’ils donnoientla préférence
aux branches les plus garnies de !
feuilles, et qu’ils étoient en outre très-friands |
d’un fruit jaune, quand il est m û r , et qu’on
nomme cerisier dans le pays.
Lorsque j ’eus suffisamment examiné leur I
manège, je tirai à la tête celui qui se trou-
voit le plus près de m o i, et en moins de dix
minutes, je mis de même les trois autres à
terre (1).
Nous nous imaginions qu’il n’y en avoit
plus ; mais un grand bruit à coté de nous,
(i) Lorsque les éléphans sont en troupe et pressés,
si le premier qu’on a tiré tombe mort, on peut se promettre
de les abattre tous, les^uns après les autres. Je
reviendrai sur cette singularité.
pous ayant fait tourner la v u e , un de mes
jjottentots, qui apperçut un petit éléphant,
Je tua; j’en eus beaucoup d’humeur, et le réprimandai
fortement. Ce jeune animal n’étoit
pas plus gros qu’un veau de cinq à six mois;
j’aurois pu facilement l’apprivoiser.
Parmi les quatre que j ’avois tu é s , 'il y
avoit un jeune mâle de sept pieds un pouce
de hauteur ; ses défensés ne pesoient guère
qu’environ quinze livres chacune.
La plus grande des trois femelles 11’avoit
que huit pieds cinq pouces, e t , en général,
leurs défenses ne passoientpas quinze livres
par pièce.
Mais une singularité qui nous émerveilla,
mes Hottentots et moi, dont ils m’assurèrent
ïi’avoir jamais vu d’exemple, et que les naturalistes
, selon leur louable coutume de
n’avouer pour principes invariables et sûrs
que la routine des livres et des chasseurs de
cabinet, révoqueront probablement en doute,
c’est que la femelle que nous jugions être
la mère du petit mâle , n’avoit qu’un seul
téton placé au milieu de la poitrine. I l étoit
plein de lait; j’en tirai dans ma main ; je le
trouvai assez doux; mais le goût n’en étoit
point agréable. Ce lait sortoit par huit petites