
pieds de l’animal ; on fit en terre un
trou d’environ trois ou quatre pieds en
quarré. On le remplit de Charbons ardens •
et, recouvrant le tout avec du bois bien sec,
on y entretint un grand feu pendant une
partie de la nuit; lorsqu’on jugea que ce
trou etoit assez chaud, il fut vidé.; Klaas y
déposa les quatre pieds de l ’animal, les fit
recouvrir de cendres chaudes, ensuite de
charbons, de quelque menu bois, et ce feu
brûla jusqu’au jour. Toute cette nuit, je
dormis seul ; mes gens veillèrent ; tel avoit
été l ’ordre de Klaas. On me raconta qu’on
avoit entendu beaucoup de buffles et d’élé-
phans roder à l ’entour. Nous nous y étions
attendus ; toute la forêt en étoit remplie,
mais la multiplicité de nos feux avoit empêché
qu’ils ne nous inquiétassent
Mes gens me présentèrent à mon déjeûné
un pied d’éléphant. La cuisson l ’avoit prodigieusement
enflé; j’avois peine à en recoii-
noître la forme ; mais il avoit si bonne mine,
fi exhaloit une odeur si suave, que je m’empressai
d’en goûter ; c’étoit bien un manger
de roi : quoique j ’eusse entendu vanter les
pieds de Tours,je ne concevois pas comment
tin animal aussi lou rd , aussi matériel que
l’éléphant, pouvoit donner un mets si fin ,
si délicat : ce Jamais, me disois-je intérieu-
» rement , non jamais nos modernes Lucul-
» lus ne feront figurer sur leurs tables un
)> morceau pareil à celui que j’ai présente-
» ment sous la main ; vainement leur or con-
» vertit et bouleverse les saisons ; vaine-
» ment ils se vantent de mettre à contribu-
» tion toutes les contrées; leur luxe n’atteint
»point jusques-là; il est des bornes à leur
» cupide sensualité» ; et je dévorois sans pain
le pied de mon éléphant; et mes Hottentots,
assis près de m oi, se régaloient avec d’autres
parties, qu’ils ne trouvoient pas moins excellentes.
Ces détails paroîtront puériles,ou
tout au moins indifférens au plus grand
nombre de lecteurs : il faut tout dire, puisqu’on
n’ajusqu’iei que des notions bizarres
ou d’absurdes romans sur lé pays singulier
que je parcours.
Nous employâmes le rêste de la matinée à
arracher les défenses; comme c’ëtoit une femelle,
elles ne pesoient guère que vingt
livres; la bête avoit huit pieds trois pouces
de hauteur- Mes gens se chargèrent de toute
la viande qu’ils pouvoient p o r te r, et nous
reprîmes là route du camp. Nous nous étions