
luisantes et fraîchement boughouées,* c’est-,
à-dire qu’après s’être frottées avec de la
graisse, elles s’étoient saupoudrées d’une
poussière rquge qu’elles font avee une racine
nommée dans le pays boughou■, et qui
porte une odeur assez agréable. Elles avoient
toutes le visage peint de différentes manières
; chacune d’elles me fit un petit présent:
L ’une me donna des oeufs d’autruche ; une"
autre un jeune agneau; d’autres m’offrirent
une abondante provision de lait dans des
paniers qui me paroissoient être d’osier. Ce
dernier cadeau m’étonna. « Du lait dans des
» paniers, me disois-je ! voilà une invention
» qui annonce bien de l’industrie » ! E t , me
rappelant ces pots an lait de cuivre dont 011
se servoit autrefois à P a r is , avant que la
sagesse de lapolice les eût à jamais proscrits*
je vis , en les comparant avec les vases si
propres qui m’étoient présentés , combien
un grand peuple avee ses arts , ses grands
hommes et son louvre, est souvent loin ,
pour les besoins les plus simples, des peuples
qu’il méprise !
Ces jolis paniers se fabriquent avec des
roseaux ou des racines si déliées, et d’üne
texture si serrée , qu’ils peuvent servir
même à porter de l ’eau; ils m’ont été, pour
net usage, d’une grande ressource dans la
suite. Le chef des Gonaquois m’apprit qu’ils
étoient l’ouvrage des Caffres, avec lesquels
ils les échangent contre d’antres objets.
Ce chef se nommoit Haabas ; il me fit
présent d’une poignée de plumes d’autruche
du choix le plus rare. Pour lui montrer
le cas que je faisois de son présent, je détachai
sur-le-champ le panache de la mêmq
espèce que je portois à mon chapeau, et je
mis le sien à la place; je remarquai dans les
traits du bon vieillard toute la satisfaction
qu’il en ressentoit ; il me témoigna par ses
gestes et ses paroles combien il étoit enchanté
de mon action.
Mon tour vint de prouver à ce chef ma
reconnoissance : je commençai par lui faire
donner quelques livres de tabac. J’allois me
procurer, à peu de frais, une scène délicieuse
, et faire plus d’un heureux ; d’un
simple signe, Haabas fit approcher tout son
monde; dans un clin-d’oeil, ils formèrent
un cercle, et s’accroupirent comme des singes
; tout le tabac fut distribué, et je remarquai,
avec beaucoup de plaisir, que la portion
que s’étoit réservée Haabas égaloit tout