
de l’Afrique , les sauvages , ne virent point
tout ce que cette profanation coupable leur
enlevoit de droits, d’autorité, de repos , de
bonheur. Indolens par nature, vrais cosmopolites,
et nullement cultivateurs, pourquoi
se seroient-ils inquiétés que des étrangers
fussent venus s’emparer d’un petit coin de
te rre , inutile et souvent inhabité? Ils pensèrent
qu’un peu plus loin, un peu plus près,
il importoit peu dans quel lieu leurs troupeaux,
la seule richesse digne de fixer leurs
regards , trouveroient leur nourriture ,
pourvu qu’ils la trouvassent L ’avare politique
des Hollandais entrevit de grandes espérances
dans descommencemens aussipai-
sibles • e t , comme elle est sur-tout habile et
plus âpre qu’un autre à saisir les avantages
de la fortune , elle ne manqua pas de consommer
l’oeuvre, en offrant aux Hottentots
deux amorces bien séduisantes, le tabac et
l ’eau-de-vie. De ce moment, plus de liberté,
plus de fierté , plus de nature, plus de Hottentots
, plus d’hommes ; ces malheureux
sauvages, alléchés par ces deux appâts, s’éloignèrent
le moins qu’ils purent de là source
qui les leur offroit ; d’un autre côté, les Hollandais
q u i, pour une pipe de tabac ou un
Verre d’eau-de-vie, pouvoient se procuréi
un boeuf, se ménagèrent, autant qu’ils purent,
d’aussi précieux voisins. La colonie
insensiblement, s’etendoit, s’affermissoit 5
on vit bientôt s’élever sur des fondemens
qu’il n’étoit plus temps de détruire , cette
puissance redoutable qui dicta ¿es loix à
toute cette partie de rA fr iqu e , et recula bien
loin tout ce qui voulut s’opposer aux progrès
de son ambitieuse cupidité. Le bruit de ses
prospérités se répandit, et y attira de jour
en jour de nouveaux colons. On jugea ,
comme cala se pratique toujours, que la loi
du plus fort étoit un titre suffisant pour
s’étendre à volonté ; cette logique rendit nuls
ceux de la propriété, si sacrés et si respectables
on s’empara indistinctement y à plusieurs
reprises, au-delà même des .besoins,
de toutes les terres que le gouvernement on
les particuliers favorisés par lu i, jugèrent
bonnes , et trouvèrent à leur bienséance.
Les Hottentots , ainsi trahis, prqssés, res^
Serrés de toutes parts, se divisèrent etprirent
deux partis tout-à-fait opposés. Ceux que la
conservation,de leurs troupeaux intéressoit
encore, s’enfoncèrent dans les montagne^
vers le nord et le nord-est. Mais ce fut A
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