
un bout de planche couvert d’une serviette.
On m’y servoitun seul plat de viande rôtie
ou grillée. Après ce dîner frugal, et qui ne
duroit pas long-temps, je retournois au travail
si j ’avois a finir quelque ouvrage que
j ’eusse commencé, puis à la chasse jusqu’au
soleil couchant. De retour au gîte , j’allu-
mois une chandelle et passois quelques heures
à consigner dans mon Journal les observations
, les acquisitions, en un mot, les
événemens de la journée. Pendant ce temps,
mes Hottentots rassembloient mes boeufs
autour des . chariots et de ma tente. Les
chèvres, après qu’on les avoit traites, se
couchoient çà et là pêle - mêle avec mes
chiens. Le service achevé, et le .grand feu
allumé à l’ordinaire, nous nous placions en
cercle. Je prenois mon thé ; mes gens fu-
moient cordialement leurs pipes, et me eon-
toient des histoires dont le naïf ridicule me
faisoit rire aux éclats. Je prenois plaisir à les-
animer. Ils étoient d’autant moins timides
avec moi, que je montrois plus de franchise,
de bonhommie et d’attention. Souvent, à la
v é r ité , plus content de moi-même , plus
favorablement disposé à l’aspect d’un beau
soir après les fatigues du jour, je me sentois
entraîné par un charme involontaire, et
cédois doucement à l’illusion. C’est alors que
je les voyois disputer entr’eux de prétentions
à l’esprit jmur me plaire -, le plus habile
conteur pouvoit favorablement se juger
, au silence profond qui régnoit parmi
nous. Je ne sais quel attrait puissant me ra-
jnène sans cesse à ces paisibles habitudes de
mon ame ! Je me vois encore, au milieu de
mon camp, entouré de mon monde et de
mes animaux ; un site agréable, une mon-
■ tagne, un arbre, et même une plante, une
î fleur, ou un éclat de rocher çà et là placés,
rien n’échappe à ma mémoire , et ce spec-
! tacle toujours plus touchant, m’amuse, me
! suit par-tout, et me distrait souvent de ce
que m’ont fait éprouver dans leur société
1 les hommes qui se disent civilisés.
Quelquefois nos conversations nous con-
duisoient fort avant dans la nuit. J’avoue
que de ces têtes grossières et que n’avoient
point polies de belles éducations, il jaillissoit
quelquefois des traits de feu dont je me sentois
ravi. Je leurfaisois sur-tout beaucoup
de questions sur les récits de Kolbe et diffé-
rens auteurs, sur leurs religions, leurs loix,
leurs usages. Ils me rioient franchement au