
sa vie. Au battement de son coeur, aux traits I
effarés de son visage, je jugeai que le pauvre I
garçon comptoit peu sur lui-même ; je sen- I
lo is , pour ra, tirer pa rti, qu’il avoit besoin I
d’un homme ferme qui le rassurât.En effet, I
quelle que fût sa terreur, je pense qu’il sel
croyoit en plus grande sécurité près de moi I
qu’au milieu de ses poltrons de camarades , I
que nous voyions divaguer dans la plaine, I
et se tenir à une distance respectueuse.
Ils m’avoient tous averti que , dans le cas!
où je joindrois l’animal d’assez près pour en I
être entendu, je ne devois point crier saa, I
saa ; que ce mot raettoit le tigre en fureur, I
et qu’il s’élançoit de préférence sur celui qui I
l ’a voit prononcé. Mais, en rase campagne,!
bien à découvert, et ne pouvant être surpris I
par l ’animal, je me mis à crier plus de mille I
fois saa, süa , saa, autant pour exciter les I
chiens que pour l’arracher de son fort. Gel
fut en vain; l ’animal et la meute égaieiîient I
effrayés l’un de l’autre n’dsoient ni pénétrer I
ni sortir; parmi les chiens cependant, jel
remarquai des mâtins pour qui j’aurois pa-1
r ié , si leur courage eût secondé leurs forces. I
Ma seule chienne, la plus petite de la troupe, I
Se montroit toujours àlatête des autres. Elle I
Seule s’avançoit un peu dans le buisson; il
|st vrai que, reconnoissant ma v o ix , elle
en étoit animée et plus acharnée que les
autres.'
L’affreux tigre poussoit des hurlemens
[terribles. A chaque instant, je le croyoïs
■ lancé. Les chiens, au moindre mouvement
iqu’il faisoit sans doute , se jetoïent avec
»précipitation éii arrière, et dé taloient à toutes
jambes. Quelques coups de fu s il, tirés au
[hasard , le détenhinereut enfin. I l sortit
brusquement. Cette apparition subite f u t ,
pour tout le monde, tin signal de décamper.
IjeanSlaberlüi-mêMé qui, taillé comme un
[Hercule, aurait pu lutter avec l’animal et
h ’étpuffér dans Ses bras, perd tout-à-coup la
[tête ; il cède à sa fra y èu r, s’enfuit vers les
[ autres ? et m’abandonne. Je reste séùl avéc
[ mon Hottentot. L e tig re , pour gagner un
! autre buisson, passe à cinquante pàs de
! nous, ayant tous les chiens à ses trousses,
[ Nous le saluons de nos trois coups a son
! passage,
Le buisson dans lequel il Se réfugioit étoit
moins haut, moins grârid et thoins touffu que
- celui qü’il vënôit de quitter; des traces de
sang me firent présumer que je l ’avüis tou