
chercher et jeter dans des parcs suffisans lès
jeunes de ces animaux. Habituez-les insensiblement
à venir recevoir de leurs gardiens
quelques aiimens de prédilection. Bientôt ils
caresseront la main qui les nourrira. Devenus
grands, ils feront des petits. Instruits
par les mères et à leur imitation, ils se rendront
encore plus familiers. Pourquoi refusera
t-on de croire qu’à la troisième génération,
les moeurs du buffle ne fussent point
adoucies, quand nous voyons, tous les j ours,
l ’ours féroce dérobé dans les montagnes
inhabitées de la Savoie, parcourir nos rues,
danser, sauter, saluer, se plier, en un mot,
avec la plus lâche soumission à tous les caprices
de l’avare exigence de leurs conducteurs.
En général l’animal à cornes et à pied
fourchu porte un oeil hagard ; ce qui le fait
paroître terrible ; mais ce n’est pas, comme
dans les bêtes carnassières et sanguinaires,
un signe de fureur ,* c’est au contraire un
signe de crainte et d’effroi. I l n’a ni l ’astuce
réfléchie, ni l’atroce méchanceté du lion,
du tigre et même de l ’éléphant. I l n’en a
nul besoin. Les végétaux dont il se nourrit
ne portent point assez de chaleur dans ses
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entrailles.; il est farouche, mais il est timide.
Je ne vois rien dans ce contraste apparent
qui blesse la nature, et j ’y découvre
un des caractères le plus frappant de
l’Homme. v
Ce n est point ici le moment d’entrer dans
le détail immense de ces nuances si compliquées
, jusqu’alors si peu senties ,* qui distinguent
entr’eux les animaux sauvages.
C’est presque toujours leur propre salut,
ou le soin de leur subsistance qui les por-r
tent à la férocité. Mais, comme nous, dominés
par des passions différemment combinées,
ils y arrivent par des routes différentes
; je renvoie à la description des animaux
cet examen qui ne convient point à
des récits purement historiques.
Je n’avois point encore vu de près la baie,
très-improprement dite Blettenberg; quelques
ménagemens que je prenois à la suite
de ma maladie m’avoient jusqu’alors empêché
de l’aller examiner; lorsque je ,m ’y .
rendis pour la première fois, je fus surpris
de voir que ce n’étoit qu’une rade très-ouverte
et qui ne prend presque pas dans les
terres. Elle est spacieuse; les plus gros vaisseaux
peuyent y mouiller; l’ancrage en est
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