
des moeurs à la distinction des, espèces, et je
n’étois parfaitement satisfait de mes chasses
que lorsque j’étois parvenu à surprendre le
mâle et la femelle ensemble, et dans une
situation qui ne me permît pas de douter de
leur sexe. J’ai souvent passé des semaines
entières à épier des espèces d’oiseaux avant
de pouvoir me procurer la paire.
C’est donc dans l’espace de huit ou neuf
ans, qu’à force de soins, de peines, de tentatives
et de dégâts, je suis parvenu non-
seulement à rendre à ces animaux, si frêles
et si délicats, leur forme naturelle, mais
même à les maintenir dans cette conservation
intacte et pure qui fait le mérite de ma
collection. C’est aussi par cette longue habitude
de v iv re avec eux dans les champs ,
dans les bois, dans tous les lieux de leurs
retraites les plus cachées, que j ’ai appris à
distinguer les sexes et les variétés d’âges
d’une manière" invariable : art divinatoire,
si je puis m’exprimer ainsi, que je ne prétends
pas donner comme un mérite bien
éminent, mais qui est l ’apanage d’un très-
petit nombre d’ornithologistes. Combien de
fois ne m’est-il pas arrivé de vo ir dans des
cabinets, d’ailleurs assez curieux, tantôt des
divorces forcés , tantôt des alliances monstrueuses
et contre nature ! Là on place comme
mâle et femelle deux êtres qui jamais ne se
sont rencontrés ; plus loin un maie et sa femelle
sont annoncés non-seulement comme
deux espèces différentes, mais classes dans
deux genres différens.
J’amassois de plus en plus des connois-
sances dans cette partie intéressante de l’Histoire
Naturelle, mais j’avoue que loin de
me contenter , elles ne faisoient que me
prouver toute l ’insuffisance de mes forces :
une carrière plus étendue devait s’ouvrir
devant moi; l’occasion sembloit m’appeler
de lo in , et m’inviter à ne pas différer plus
long-temps.
Dans le courant de 1777, une circonstance
favorable me conduisit à Paris. Je portai
comme tout étranger qui arrive pour la