
l’auroit bientôt distingué des plus beaux
bois de l’ébénisterie.
Les avantages que la compagnie et la
colonie peuvent tirer de ce beau pays ,
n’étoient certainement point échappés au
gouverneur qui en avoit fait le voyage;
mais, en bonne fo i, dans des colonies dont
le bien-être est subordonné à celui de quelques
entrepreneurs réunis , intéressés à
étouffer tout germe qui tendrait à diminuer
leurs profits, qu’est-ce qu’un gouverneur
? Un être apathique, indolent sur le
bien général, qui n’est stimulé et n’a d’énergie
que pour sa fortune particulière; consentant
à s’expatrier pour un temps, il a
mis in petto pour premier article de son
marché, que, comme il doit faire une fortune
rapide, tous les moyens de se la procurer
sont bons et licites; il part, il arrive,
il les trouve à sa portée, les saisit, s’en retourne
daus sa patrie, insulte ses concitoyens
par un faste insolent, et n’a garde,
sans doute , d’ouvrir les yeux de ses maîtres
sur ces redressemens et ces opérations
qui feraient, en peu de temps, la prospérité
d’une nombreuse colonie. Un successeur
le remplace qui s’enrichit à son
tour, et le citron est ainsi cent fois exprimé.
Je crois qu’il en est des colonies appartenantes
à des sociétés comme de ces voitures
publiques qui circulent dans toute l’Europe,
traînant à-la-fois et marchandises et
voyageurs; pourvu que celles-là arrivent
à bon port, les entrepreneurs s’inquiettent
peu si les pauvres roués qui sortent du carrosse
ont encore leurs bras et leurs jambes. .
Dans les environs de cette baie, je trouvai
le moyen d’augmenter ma collection de plusieurs
beaux oiseaux, et même de quelques
nouvelles espèces qui n’étoient point rares
dans les forêts du canton; mais je voulus
sur-tout m’en procurer un, qui mit plus
d’une fois ma patience à l’épreuve et faillit
de me coûter cher. C’étoit un aigle d’une
très-belle espèce. Cet cfiseau est de la taille
à-peu-près de l’orfraye ; tous les jours je
le voyois planer au-dessus de mon camp,
mais à une distance hors de la portée de
la balle; je l’épiois et le faisois épier continuellement,
un homme toujours en vé-
dette ne le perdoit pas de vue ; un jour
que j’avois traversé le Queur-Boom, et que
je me promenois le long de la rive opposée
à celle de mon camp, je vis autour d’un