
mouvemens d’impatience et d’iiumeur. tJii
monarque n’eut pas vaincu sa résistance, et
le cliagrin que lui causoit la seule idée
d’abandonner sa famille et sa horde. Je .finis
par la prier de m’amener du moins sa soeur,
qui auroit lieu d’être satisfaite à son tour.
Elle me le promit. Dans ee i moment, ses
y eu x se fixèrent sur une chaise placée non
loin de moi. Elle me montra un couteau que
j ’y avois laissé par hasard; je m’empressai de
le lui offrir ; elle le remit sur-le-champ à sa
mère*
Elle étoit sans cesse occupée de ses atours
nouveaux pour elle; elle touchoit ses bras ,
ses pieds, son collier, sa ceinture, passoit
vingt fois la main sur sa tête pour y toucher
et reconnoître son mouchoir, qui lui plai->
soit beaucoup ; j’ouvris mon nécessaire, et
j’en tirai le miroir, que je mis devant elle;
elle s’y regarda très-attentivement, et même
avec complaisance ; elle montroit assez, par
ses gestes et ses attitudes variées, combien
elle étoit satisfaite, je ne dis pas'de sa figure,
mais de ses ajustemens, qui luifaisoient une
impression toujours plus vive. Lors de sa
toilette du matin et du départ de la horde
pour jne venir v o i r , elle s’étoit frotté les
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joues avec de la graisse et de la suie; je les
lui fis laver et bien essuyer, mais je nfc pus
jamais lui persuader que les secours de son
art nuisoient à la nature, qui l’avoit créée
très-jolie. Quelqu’adresse que je misse dans
mes raisonnemens, quel que fût l’effet de sa
complaisance a rendre a ses joues fraîches
ce tendre velouté de la jeunesse si fugitif et
si léger, elle tenoit à son vilain noir graisseux
avec autant d’entêtement, qu’en nos
climats on tient au rouge, à toutes ces pâtes
non moins dégoûtantes, si elles ne sont pas
plus funestes.
Ma belle élève me pria de lui laisser mon
miroir, et j ’y consentis ; elle profitoit à merveille
de la faveur qu’elle s’étoit doucement
acquise pour me demander tout ce qui lui
faisoit plaisir, je me laissois toujours entraîner;
cependant je fus contraint de lui
refuser plusieurs effets, autant par le besoin
.indispensable que j ’en avois, que dans la
crainte11 qu elle n en fît un usage dangereux
pour'elle-même. Mes boucles de jarretières
l ’avoient aussi tentée; le brillant des cailloux
du Rhin parloit à ses yeux. J’aurois
été charmé de lui en faire hommage. Combien
ne desirai-je pas en ce moment les plus