
tion d’hiènes que s’il n’en avoit jamais
existé.
Quelques jours après, nous eûmes une
alerte qui pou voit devenir sérieuse ; au milieu
de la n u it, nous fumes tous en même
temps réveillés par un bruit épouvantable ;
c’étoit un troupeau d’éléphans qui défiloit
et frisoit notre camp. Ils étoient par centaine.
J’éprouvois des transes affreuses, que
mes gens partageoient bien chacun en son
par ticulier ; nous ne nous avisâmes pas d’insulter
ces énormes bataillons, ni de leur
disputer le passage. Mon camp, mes animaux
, mes voitures et tout mon monde,
eussent été pulvérisés en un clin-d’oeil. : Ils
ne s’arrêtèrent point, et mon camp fut respecté.
:
A la pointe du jour, nous revîmes nos
.voisins; ils avoient eu pour eux lés mêmes
terreurs. Ils venoient particulièrement m’a-
vertir ' que si je rencontrais jamais cette
espèce, il falloit bien me donner de garde
de tirer; que les éléphans que nous avions
vhs étoient dangereux, et beaucoup plus
médians que les autres ; ils m’assuraient que
la chair n’en valoit rien ; qu’elle donnoit des
ulcères à quiconque en mangeoit ; qu’en un
mot c’étoient des éléphans rouges. Des éléphans
rouges ! ce mot seul me donnoit envie
de les voir, et me promettait ide nouvelles
connoissances à , acquérir ; car jamais je
n’avois lu ni entendu dire qu’il y eût des
éléphans rouges.
Ces animaux, retirés dans le bois, avoient
gagné un fond couvert d’énormes buissons;
il n’eût pas été prudent de les trop approcher
; je fis filer des Hottentots par-derrière
pour former une enceinte-, ayec ordre de
mettre le feu de distance en distance aux
herbes sèches, et de tirer des coups dé fusil
afin de les obliger de passer au pied d’un
grand rocher,* sur lequel je m’étois posté
avec mes meilleurs tireurs : nous ne pouvions
y courir aucune espèce! de danger.
Mes traqueurs me secondèrent merveilleusement;
aussi-tôt que les feux et les coups
de fusil eurent donné l’alarme, toute la
troupe épouvantée se présenta devant moi;
une douzaine de décharges auxquelles ils ne
s’attendoient pas, les fit reculer avec précipitation
et dans le plus grand désordre ;
j’essaierois en vain de rendre les signes
multipliés de leur fureur ; ils se voyôient
d’un côté poursuivis p a r le feu des brous