
sur lui de l’épouvante que m’avoit causé©
son pareil dans la baie de Saldanha.
Jour pris pour le lendemain, nous déterminâmes
quelques jeunes gens des environs
à se joindre à nous. Je remarquois qu’ils ne
s’y prêtaient point de trop bonne grâce. J’en
fis honte aux plus récalcitrans j ce fut un
coup d’aiguillon po ur les autres. Nous réunîmes
tous les chiens que nous pûmes trouve
r , et chacun s’arma de pied en cap. Toutes
nos batteries ainsi dressées , comme s’il
se fût agi d’une prise d’assaut, on se sépara.
Je me mis sur mon lit pour y dormir quelques
heures, et me disposer à la fatigué du
lendemain. Je ne pus fermer l ’oeil d’impatience
et d’aise. Dès la pointe du jo u r , je gagnai
la plaine avec mon escorte. Smit et
quelques amis nous attendoient ; nous nous
trouvâmes environ dix-huit chasseurs. Nos
chiens réunis formoient une meute de pareil
nombre. Nous apprîmes que la panthère
avoit encore enlevé un mouton pendant la
nuit.
Un des canons de mon fusil étoit chargé
de très-gros plomb, l ’autre de ehévrotine.
J’avois, en outre, une carabine chargée à
balles. Mon Hottentot la portoit, et me suivoit.
Le pays assez bien découvert n’offroit
[que quelques buissons isolés de côté et d’au-
itre. Il falloit visiter tous ceux qui se trou-
v o ie n t sur notre passage, avec bien des précautions.
Après plus d’une heure de recherphes,
(nous tombâmes sur le mouton dont la pan-
tfhère n’avoit dévoré que la moitié. Une fois
! sûrs de la piste, l ’animal n’étoit pas loin, et
ne pouvoit nous échapper. En effet, quelques
instans après, nos chiens qui jusques-là
n’avoient fait que battre confusément la
[campagne, tout-à—coup se réunirent, e t ,
pressés ensemble, s’élancèrent à deux cents
[pas de nous, vers un énorme buisson où ils
[se mirent à aboyer, à hurler de toutes leurs
[forces.
Je sautai de mon cheval, que je remis a
mon Hottentot ; et , courant du côté du
buisson, je m’établis sur une petite monti-
; cule qui en étoit à cinquante pas ; mais,
jetant les yeux derrière moi, je vis qu’il n’y
avoit pas un seul de mes compagnons qui fît
bonne contenance. Jean Slaber, un des fils
de mon hôte, colosse de six pieds, vint se
ranger près de moi ; il ne vouloit. point,
disoit-il, m’abandonner, même au péril de