
au plus celle des autres. Je me sentis toucíie
de cette bonhomie et de l’esprit d’équité qué
je vo y ois briller en lui d’une façon si naïve et
si simple; j’ajoutai au présent queje venois
de lui faire, pour lui personnellement, uii
couteau, un briquet, une boîte d’amadoui
et un collier de très-gros grains de verroterie.
Je donnai aux femmes des colliers et
du fil de cuivre pour des bracelets ; au milieu,
' de ces offrandes réciproques, et dès senti-
nàens affectueux qu’elles nous inspiroient
mutuellement, je remarquât une jeune fille
de seize ans ; confondue dans la foule, elle
montroit moins d’empressement à partager
lès-joyaux queje distribuoisàses compagnes,
que de curiosité pour ma personne : elle
m’examinoit avec une attention si marquéei
que je m’approchai d’elle pour lui donner
tout le temps de' me considérer à son àise ;
je lui trouvai la figure charmante; elle avoit
les plus fraîches et les plus belles dents du
monde; sa taille élégante et svelte, et les
formes amoureuses de son corps, auroicnt
servi le pinceau d’Albane. C’étoit la plus
jeune des Grâces sous la figuré d’ünè Hot-
tentbte.
Jjes impressions de la beauté sont uni-
Verselles, c’est une souveraine dont l’empire
est par-tout; je sentis à la prodigalité
de mes présens, que je pliois un peu sous sa
puissance; ma jeune sauvage se fut bientôt
accoutumée à moi; je venois de lui donner
une ceinture, des bracelets, un collier de
petits grains blancs qui la paroient à ravir;
je détachai de mon cou un mouchoir rouge,
dont elle s’enveloppa la tête ; dans cet accou -
ïrement, elle étoit, ce qu’en langage précieux
on diroit délicieuse. Je me faisois un
plaisir de la parer moi-même. Quand sa
toilette fut achevée, elle me demanda quelques
bijoux pour sa soeur , qui étoit restée
à la horde ; elle montra dît doi'gt sa mère, et'
m’apprit qufclfë n’avoit plus de pèrë ; je la
fatigttois de qnêstiôttk, tarif je frôuvois de
charme dans Ses répons.ès. Rien n’égaloit le
plaisir que j’avois à la v o ir , si ce n’étoit celui
que je prenois à l’entèndre; je lui demandai
de rester avec moi, et lui fis toutes sortes
de promesses; mais qtiand je lui parlai surtout
de l’emmener dans mon pays, où toutes
les femmes sont des reines et commandent à
des hordes puissantes d’esclaves, loin de se
laisser tenter, elle rejeta bien loin mes propositions,
et se livra sans façon à quelques