
les abjure : mais toi, généreux Klaas, jeune
élève de la nature, belle ame que n’ont
point défigurée nos brillantes institutions,
garde toujours la mémoire de ton ami : c’est
à toi seul qu’il adresse encore ses pleurs et
ses tendres regrets !
C’étoit alors que, couché le long d’un misérable
tronc d’arbre, à la merci d’nn animal
furieux dont l’oeil égaré me cherchoit de |
tontes parts, q u i, s’il se fût tourïié vers]
moi, m’anéantissoit sur la place ; c’étoit alors j
que mon coeur, tout palpitant d’effroi, s’ou-1
vroit aux charmes d’un sentiment délicieux i
que m’inspiroit un de ces humains dont les I
nations policées.ne parlent qu’avec horreur j
ou mépris ; que, sans les connoîtrè, elles
regardent comme des êtres atroces, le rebut j
de la nature ; en un mot, un sauvage de j
l ’Afrique, un Caffre, un Hottentot.
En partant du Cap, je l’avois reçu d® :
M. Boers, comme un homme sur la bravoure
et la fidélité duquel je devois compter.
I l lui avoit recommandé de ne me quitter
ni à la mort ni à la vie , en lui promettant
des récompenses. s i; de retour au Cap sain
ét sauf, je rendois ùn tëmoignagè satisfaisant
de sa conduite. C’est ce même homme
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qui ne m’avoit pas un seul instant abandonné,
mais qui, m’ayant vu tout-à-coup
disparo!tre, accouroit à mon secours, et nie
cherchoit vainement. Je l’entendois à travers
les broussailles m’appèïer d’une v o ix
étouffée ; puis, s’adressant à ses camarades,
qui le suivoient d’un peu loin , humiliés,
confondus , leur reprocher leur lâcheté
au milieu du péril. « Que deviendrez-vous,
» leur disoit-il en son langage expressif et
» touchant, que deviendrons-nous, si nous
» avons le malheur clc trouver notre infor-
» tuné maître écrasé sous le pied de l ’élé-
»phant? Oserez-vous jamais retourner au
» Cap, sans lui ? De quel oeil soutiendrez-
| vous la présence du fiscal? Quelle que soit
» votre excuse, vpus passerez pour ses vils
» assassins : c’est vous, eff effet qui l’avez as-
» sassiné, Retournez au camp ; p ille z , dis-
» persez ses effets ; devenez tout ce que vous
» voudrez ; pour moi jg ne quitte point cette
»place; vivant ou mort, il.faut que je re-
» trouve mon malheureux maître , et j ’ai
» résolu de périr avec lui ». I l accompagnoit
ce discours de gémissemens et de sanglots si
touchans, qu e , dans le moment le p lus critique,
je sentis mes yeux se mouiller, et